Théâtre - Un cru dans la moyenne

La livraison pince-sans-rire de cette langue colorée d’Étienne Lepage par Roger La Rue (notre photo) ainsi que l’impeccable phrasé comique de ce comédien sous-estimé font de ce solo l’un des clous du spectacle.<br />
Photo: Urbi et orbi La livraison pince-sans-rire de cette langue colorée d’Étienne Lepage par Roger La Rue (notre photo) ainsi que l’impeccable phrasé comique de ce comédien sous-estimé font de ce solo l’un des clous du spectacle.

Les Contes urbains vivent cette année leur Noël en exil: la rénovation de La Licorne force la traditionnelle soirée à se transporter à la salle Fred-Barry. Et il me semble que l'atmosphère festive, conviviale de l'événement s'en ressent un peu, en dépit de la dynamique contribution des deux musiciens.

Pour le reste, la production d'Urbi et Orbi nous sert un cru probablement dans la moyenne, avec des hauts et des bas, une première partie plus forte, des textes allant du grave (Encore quelques braises, de Martin Boisclair) à une grande légèreté (le trop long monologue de Véronique Pascal).

La famille et les difficiles liens entre parents et enfants ressortent comme l'un des grands thèmes de cette édition. À commencer par l'amusante description d'un choc des cultures, quand une banlieusarde attachée aux traditions s'aventure sur le Plateau branché et cosmopolite de son fils gai, qui préfère célébrer le «solstice d'hiver»... Emporté par la jovialité bonhomme de Suzanne Champagne, le texte de Michel Duchesne tourne jouissivement le dos à la rectitude politique en jouant des poncifs, mais il se perd dans une finale plus insolite que mordante.

Au rayon des temps forts du spectacle, il faut compter Isabelle, une histoire d'amour interdite entre très jeunes cousins, écrite avec sensibilité et jouée avec une candeur tout aussi convaincante par Fabien Dupuis. Quant à Simon Boulerice, il offre encore une fois une couche de drôlerie sur un fond finalement assez pathétique, à travers un personnage solitaire. Une originale quête de la différence, qui passe par un détournement trivial d'une imagerie religieuse (les icônes pieuses qui pleurent du sang!), bien servie par le conteur Frédéric-Antoine Guimond.

Pour sa part, Étienne Lepage embrasse à fond la nature crue du genre avec un conte toutefois plus rural (il se passe en majeure partie dans les bois) qu'urbain. La livraison pince-sans-rire de cette langue colorée par Roger La Rue ainsi que l'impeccable phrasé comique de ce comédien sous-estimé font de ce solo l'un des clous du spectacle.

Par contre, on a déjà connu Yvan Bienvenue beaucoup plus inspiré qu'avec cette mince fable qui brode sur un thème bien dans l'air du temps: la corruption. Si bien que la soirée se boucle hélas un peu dans un anticlimax.

***

Collaboratrice du Devoir