Théâtre - Une auberge espagnole

Le spectacle de Catherine Vidal met en scène un groupe d’artistes (défendu par trois acteurs) qui gravite autour d’Auxilio (Dominique Quesnel), une femme plus vieille et sans abri.<br />
Photo: Yanick Macdonald Le spectacle de Catherine Vidal met en scène un groupe d’artistes (défendu par trois acteurs) qui gravite autour d’Auxilio (Dominique Quesnel), une femme plus vieille et sans abri.

Après avoir épaté tout le monde avec sa mise en scène du roman Le Grand Cahier, en 2008, Catherine Vidal signe une nouvelle adaptation scénique. Cette fois, elle a décidé de s'attaquer à une œuvre de la littérature latino-américaine, Amuleto, de Roberto Bolano, à l'affiche du Quat'Sous à Montréal.

Après les blessures de l'enfance, Vidal se penche sur les rêves de la jeunesse de 1968. En particulier, l'utopie de jeunes poètes de Mexico. À l'instar de leurs pairs, partout en Occident, ces jeunes dénoncent l'autorité. Cet été-là, le Mexique est le pays hôte des Jeux olympiques; et le pouvoir va faire un gros ménage: une manifestation tourne à la tragédie, le 26 juillet 1968, et dix étudiants sont tués.

Le spectacle de Catherine Vidal ne parle pas tant de ce drame que du contexte historique et artistique qui l'entoure. Il met en scène un groupe d'artistes (défendu par trois acteurs) qui gravite autour d'Auxilio (Dominique Quesnel), une femme plus vieille et sans abri qui, durant les jours de répression, a trouvé refuge dans les toilettes de l'université. Cette femme marginale est une espèce de muse et confidente des étudiants bohèmes.

À partir de là, ça se gâte! Auxilio, qui se serait enfermée plusieurs jours dans ces toilettes publiques, n'y reste guère longtemps. Par la magie du théâtre (ou un don d'ubiquité), elle survole le continent dans un chassé-croisé de temps et de lieux, d'action et de narration, pas toujours clair. Dans une scène, un poète homosexuel tombe entre les griffes du Roi des prostitués, affublé d'une tête de monstre... C'est complètement grotesque, et sans aucun rapport avec le reste de la production.

Dominique Quesnel, une excellente comédienne, travaille TRÈS fort pour donner un début de vérité à Auxilio, un personnage casse-cou. À la fin, l'actrice livre un long monologue où il est question d'enfants qui tombent dans un abîme — l'abîme du rêve de Nelligan? — et là, on ne sait plus du tout ce qui se passe dans cette auberge espagnole.

Catherine Vidal dit avoir fait un devoir de mémoire. Motivée par un voyage au pays de ses ancêtres (elle est née au Québec de parents chiliens, mais sa famille élargie vit au Chili), et aussi par l'idée d'explorer la génération sacrifiée des poètes utopistes. Or, elle passe à côté de l'essentiel: nous transmettre sa filiation avec la culture latino-américaine.

On décrit toujours mieux ce que l'on connaît bien.

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Collaborateur du Devoir