Festival Coups de théâtre - En se foutant des conventions

Le problème avec les festivals en tous genres, c'est que la vraie vie continue à rouler en parallèle et qu'il est souvent difficile d'être présent à tout ce qui se passe lors de l'événement. Ainsi, depuis notre rendez-vous de mardi dernier en ces pages, on a pu voir défiler une bonne demi-douzaine de spectacles. Avant que le festival n'entame son dernier week-end, revenons sur trois d'entre eux, particulièrement remarquables.

À la Cinquième Salle de la Place des Arts d'abord, la compagnie allemande Mummpitz présentait The Terrific Adventures of Brave Joan Woodsword, une éblouissante démonstration tournant autour de l'histoire de Jeanne d'Arc. Autant dans la façon de raconter cette histoire que dans la thématique de responsabilisation qu'elle met de l'avant, cette production parvient à repousser les frontières de ce que l'on peut faire sur une scène de théâtre. Voilà une compagnie que l'on souhaite revoir au festival.

C'est d'ailleurs ce que l'on peut dire du Teatret Møllen et du Bob Théâtre, deux compagnies que l'on a vues ici lors de précédentes éditions du festival. Le Møllen d'abord, cette merveilleuse équipe danoise dont on avait vu un inoubliable Richard III, proposait Oskar à l'Usine C. Ici, l'on raconte avec une dégaine incroyable l'histoire d'un garçon de neuf ans dont le père vient de périr dans l'attentat du World Trade Center. En danois. Avec quelques phrases en français en surtitre expliquant, en gros, ce qui se passe. Le tout devant des ados de 14 ans plus ou moins intéressés au départ, mais rapidement conquis. Tout cela marche parce que la surprise est constante, la musique attirante et que les personnages multiples, joués par tout le monde devant tout le monde en se foutant des conventions habituelles — le petit Oskar par exemple est joué par le comédien qui est visiblement le plus vieux —, sont aussi drôles que simples et convaincants. On en veut encore!

Reste Princesse K du Bob Théâtre. Une histoire de princesse trahie racontée de façon hallucinée par un comédien (Denis Athimon) qui joue tous les rôles, du gros méchant frère au grand méchant loup jusqu'à la princesse, en passant par le cuisinier qui vient la délivrer. En donnant un sens plus large aux objets utilisés, en jouant d'une trame sonore efficace et d'éclairages particulièrement réussis, le Bob Théâtre crée un univers unique d'une inventivité comme on en voit rarement.

Là-dessus, notons demain la dernière représentation de Moi seul de Laurent Dupont (Maison de la culture du Plateau, à 14h), dont on a eu l'occasion de vous dire tout le bien que l'on en pense depuis Méli'Môme et Questembert; la dernière aussi, dimanche à l'Usine C (11h et 15h) de Mécaniques célestes, le délicieux cabaret pour tout-petits des Confettis, de Contes pour enfants pas sages (Cinquième Salle, à 11h et 15h) de PPSDanse et de Rayon X (à Tangente à 16h). On se revoit mardi pour tracer le bilan de ces 11es Coups de théâtre.