Festival Coups de théâtre - S'enfouir... ou prendre le temps

Parmi la douzaine de spectacles qui ont déjà pris l'affiche du festival jusqu'ici, l'un d'entre eux s'impose déjà comme une référence et comme l'une des grandes trouvailles de toute l'histoire des Coups de théâtre. Il s'agit de Thick Skinned Things du Néerlandais Hans van den Boom, une production de la compagnie Stella den Haag que l'on a pu voir à la Balustrade du Monument-National jusqu'à dimanche.

Ce spectacle ciblant les jeunes dès 12 ans raconte l'histoire de Nora, la taupe (Nora the Mole), une jeune fille qui se sent tellement mal à l'aise en présence des autres qu'elle décide un jour de s'enfuir et de s'enfouir, littéralement. Rejetée, désespérément seule, Nora choisit de devenir une vraie taupe et elle se met à vivre sous terre dans un labyrinthe de couloirs qu'elle creuse elle-même, loin du regard des autres. Exit.

Le texte aussi dur que magnifique de Van den Boom (il signe aussi la mise en scène) est joué par une comédienne remarquable, Erna van den Berg. On la voit à peine, seule sur une scène complètement dépouillée éclairée par une simple ampoule, mais elle raconte l'histoire de Nora d'une voix terrible qui force le spectateur à l'introspection. Exigeant souvent, le théâtre pour jeunes publics ne se contente pas de divertir: il peut dénoncer aussi, s'indigner devant l'inaction et le laisser-aller. Avec ses allures pré-beckettiennes, cette production venait nous le rappeler brillamment.

Autre arrêt remarqué hier dans la petite salle de l'Usine C, la plus récente création du Théâtre des Confettis, Les Mécaniques célestes, une production complètement aux antipodes de l'histoire de Nora. C'est en fait une sorte de cabaret sur le thème du temps s'adressant aux petits dès quatre ans et qui fait un peu penser à ce délicieux petit bijou (Amour, délices et ogre) qui a fait la réputation de la compagnie. Même approche déambulatoire, devant des miroirs déformant cette fois, illustrant le passage du temps jusqu'à ce que l'on arrive à une microsalle de cabaret avec gradins. Là, à l'aide de petits tableaux vivants orchestrés par une sorte d'homme-oiseau, les enfants se font proposer une «réflexion» tout ce qu'il y a de festif à laquelle ils participent sans se gêner. Un délicieux spectacle sans prétention aucune.

Aujourd'hui et demain, les Coups de théâtre nous réservent des trucs un peu plus costauds comme l'Oskar du Teatret Møllen (dans la grande salle de l'Usine C jusqu'à demain) et The Terrific Adventures of Brave Joan Woodsword autour de la figure de Jeanne d'Arc (à la Cinquième salle de la PdA jusqu'à demain aussi). On s'en reparle dès que possible.