L'amour en fuite

Le Théâtre de la Manufacture, en itinérance à l'Espace Go pendant les rénovations de sa demeure, La Licorne, propose en première francophone une pièce de l'auteur écossais David Greig. Un texte difficile et lyrique sur la rencontre de deux solitudes dans un monde très violent. Greig s'est inspiré de l'histoire d'un proxénète américain accusé de meurtre, Stagger Lee, dont le destin a été chanté par plusieurs chanteurs de blues depuis un siècle. Mais il faut être bien attentif pour y voir une quelconque similitude.

Dans Yellow Moon, Lee est un jeune Écossais, très extraverti et délinquant. Il rêve de devenir le roi des pimps d'Édimbourg. Lors d'un vol, il rencontre Leila, une jeune femme qui se passionne pour les potins dans les magazines comme Hello. Elle est si introvertie que Lee lui donne le surnom de «Silent Leila». Entre les deux, le fossé identitaire et culturel est vaste... Cela ne les empêchera pas de fuir ensemble dans les Highlands, sur les traces du père de Lee (qui a abandonné son fils jadis), et de goûter à un peu de tendresse.

Le metteur en scène Sylvain Bélanger a dit en entrevue qu'il a travaillé fort pour trouver le bon rythme, car il devait attribuer lui-même les répliques aux personnages. Malheureusement, sa direction ne nous convainc pas qu'il y est parvenu. Le résultat donne un récit assez alambiqué, dans lequel il y a plus de narration que d'action, d'envolées poétiques que de scènes fortes.

Sur un grand plateau rouge sang planté au milieu de la salle avec des spectateurs des deux côtés, quatre interprètes livrent leur texte avec fébrilité, en solo ou en choeur. Ils ne sont pas mauvais, mais leur jeu semble ardu. Malgré leur proximité, chacun semble jouer dans un silo. Qui fait quoi? Qui joue qui? On se pose souvent la question durant les 90 minutes de la représentation.

Ici et là, la très belle musique du compositeur Yves Morin, qui ressemble à du Philipp Glass, nous transporte ailleurs... Lorsque la pleine lune blonde (du titre) apparaît en toile de fond, on devine qu'il y aura rédemption finale. On comprend que cette souffrance est le lourd héritage que les protagonistes portent en eux, comme un animal blessé. Mais ce coup de blues ne prend pas aux tripes.

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Collaborateur du Devoir


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