Théâtre - On connaît la chanson

Olivier Choinière orchestre cette partition de près de 50 interprètes avec une progression habilement chorégraphiée, un déroulement assez implacable.<br />
Photo: Justin Laramée Olivier Choinière orchestre cette partition de près de 50 interprètes avec une progression habilement chorégraphiée, un déroulement assez implacable.

À la fin de Chante avec moi, le public pourrait aisément répondre à l'impératif du titre, tant la mélodie à la base du spectacle y est répétée ad nauseam. Olivier Choinière a composé un véritable «ver d'oreille», dont l'efficacité repose sur son simplisme et le caractère souvent insignifiant des paroles (la chanson parle... d'elle-même).

Mais le spectacle nous invite au contraire à résister à ce matraquage sonore. Dans la foulée de sa Félicité sur l'aliénation, l'auteur corrosif démasque le conformisme collectif au courant dominant, la contagion des refrains creux, des formules toutes faites qu'on reprend sans réfléchir, sur scène comme dans la vie. Incarnée à travers une rengaine accrocheuse, sa démonstration est aussi simple qu'irrésistible.

Le spectateur — qu'on surprend d'ailleurs à claquer des mains — est directement interpellé par la pièce. Le metteur en scène a réuni sur scène un microcosme qui se veut un miroir un peu caricaturé de la population. Et certains acteurs sont assis au sein du public avant de se joindre au groupe de chanteurs. Choinière orchestre cette partition de près de 50 interprètes avec une progression habilement chorégraphiée, un déroulement assez implacable.

Le choeur débute de manière apparemment impromptue (évoquant vaguement une flash mob). À la reprise, une version accélérée de la ritournelle, les personnages ont gagné en assurance ce qu'ils ont perdu en spontanéité. Les hésitations et l'enjouement font place à une volonté appuyée de séduction, à un grossissement des effets. Bref, on est désormais dans le spectacle.

Bientôt, cette mélodie du bonheur auto-imposé donne lieu à une interprétation mécanique. Des fissures apparaissent. C'est la chanson qui mène les êtres, et non l'inverse. Et elle les entraîne inexorablement vers une épuisante déshumanisation, une zombification. Une image forte.

Si la démonstration est convaincante, et ultimement — c'est le paradoxe — divertissante, malgré son caractère forcément répétitif, le texte est si minimal, et la mécanique du show relativement sommaire, que c'est au spectateur qu'il revient de lui donner un sens. Pour peu qu'il puisse trouver, au milieu du bruit ambiant, le silence de la réflexion...

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Collaboratrice du Devoir