Théâtre - Mauvais profil

Curieux objet théâtral que ce spectacle en accueil du théâtre Prospero défendu par des comédiens de France, d'Afrique et du Québec. Profils atypiques est un projet très atypique qui, bien que portant la griffe de trois auteurs, s'apparente à la création collective des années 1970.

Ce n'est donc pas un hasard si Jean-Léon Rondeau, un des membres fondateurs du Théâtre Parminou, produit et joue dans cette pièce mise en scène par Khalid Tamer, directeur d'une compagnie de «théâtre engagé», Graines de Soleil, basée dans le quartier populaire de la Goutte d'or à Paris.

Profils atypiques, leur première création présentée à Québec, regroupe donc des artistes issus de cultures et de continents différents autour du thème de notre relation au travail. Ou plutôt de la difficulté de certains hommes et femmes aux «profils atypiques» (trop vieux ou trop jeunes, trop expérimentés ou pas assez diplômés, pas de la bonne origine ethnique...), de ces «marginaux», donc, à cadrer dans les cases très strictes des recruteurs de personnel.

Dans un décor épuré et brechtien, avec un jeu très physique et une approche poétique, les cinq interprètes jouent à tour de rôle les maîtres et les victimes de cette uniformisation du monde du travail, avec un sous-texte lourd qui critique les abus du capitalisme, les lois du marché et le pouvoir mâle et dominateur. «L'argent est le sang qui coule dans les veines du monde. Ce n'est pas moi qui me meurs, mais la société qui me tue. Notre rapport au travail est déshumanisé...» Zzzzzzz, rrrrrrr...

Ici, le méchant patron en complet-cravate joue au golf, viole sa secrétaire, puis passe à travers une pile de C.V. pour mieux humilier les candidats jetables. Vers la fin, le texte s'éloigne du monde du travail et de l'entreprise pour parler de l'aliénation du corps de la femme, tel un objet marchand éternellement victime du regard machiste...

Tout ça est gros, manichéen, caricatural. Rempli de bons sentiments. Et au final, plus dérisoire que provocateur.

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Collaborateur du Devoir