Théâtre - Guerre et paix

Acclamée par la critique en octobre 2008 lors de sa création en français à La Licorne, la pièce Après la fin est reprise pour quelques jours dans la salle intime d'Espace Go, à Montréal, avant de poursuivre cet automne une tournée d'une quinzaine de villes. La pièce est produite avec un changement dans la distribution. Aux côtés de Sophie Cadieux, qui incarne une jeune idéaliste de gauche, ce n'est plus Maxim Gaudette (trop occupé cette saison) qui défend le rôle du troublant et contrôlant Mark, mais Maxime Denommée. Ce dernier signe aussi la mise en scène; sa deuxième pour la compagnie dirigée par Jean-Denis Leduc.

Ce texte du Britannique Dennis Kelly, traduit en québécois très direct et saccadé par Fanny Britt, raconte la violente confrontation entre deux collègues de travail, réfugiés dans un abri antinucléaire à la suite d'un attentat. L'action débute dans ce bunker construit par Mark. Le spectateur en saura peu sur le fil des événements. Il sait seulement qu'une explosion nucléaire aurait détruit le pub où ils se trouvaient en train de boire, et que Louise, très ivre, était inconsciente lorsque Mark l'a transportée au bunker.

Les deux survivants aux caractères diamétralement opposés se raisonnent à vivre dans l'isolement total. Avec tout ce que cela comporte: nourriture rationnée, lieu mal chauffé, et nerfs à fleur de peau. Qui plus est, Mark est secrètement amoureux de Louise, même si celle-ci ne ressent strictement rien pour lui. Leur rapport d'abord tendu deviendra de plus en plus cruel. Tour à tour, l'homme et la femme seront victime et bourreau l'un de l'autre. Jusqu'au dénouement final, inusité, qui nous fait réaliser qu'avec ce drame, comme dans une guerre nucléaire, il n'y a pas de vainqueur... seulement des survivants.

La mise en scène de Maxime Denommée est réglée au quart de tour et fait bien progresser le récit. Bien qu'efficace, la pièce n'a toutefois rien du suspense annoncé. Louise, la fille de gauche qui a «une conscience sociale très développée» ressemble plus à une guidoune de l'Est qu'à une militante de Québec solidaire ou de Greenpeace. Et Sophie Cadieux semblait chercher le ton juste le soir de la première... Quant à Maxime Denommée, l'acteur est plus convaincant en homme blessé qu'en tortionnaire.

Si le texte avance par ellipses (l'auteur ne voulant visiblement pas trop appuyer sur la psychologie des personnages), nous appréhendons le gâchis final. Son huis clos, bien qu'infernal, n'a pas la portée d'un film comme Portier de nuit, par exemple, qui abordait ce même thème de torture morale et psychologique entre un homme et une femme.

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Collaborateur du Devoir

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Après la fin
De Dennis Kelly. Mise en scène: Maxime Denommée. Avec Sophie Cadieux et Maxime Denommée. Production du Théâtre de la Manufacture. À Espace Go jusqu'au 16 octobre (complet), puis en tournée jusqu'au 10 décembre.

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