Théâtre - Camus en surface

Pierre-Jean Peters incarne Meursault ainsi que les personnages secondaires de L’Étranger d’Albert Camus.
Photo: Robert Etcheverry Pierre-Jean Peters incarne Meursault ainsi que les personnages secondaires de L’Étranger d’Albert Camus.

«Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas.»

Dès l'amorce de L'Étranger, tout Camus est là: la mort, la nostalgie maternelle, puis, surtout, le malentendu de la condition humaine. Trop souvent, ce qui est primordial pour l'un semble dérisoire à l'autre. Devant l'absurdité de la vie, tranche Camus, l'homme doit chercher sa liberté dans la révolte, le nihilisme.

Véritable classique, publié en 1942 et traduit dans une soixantaine de langues, L'Étranger fascine toujours. Le Théâtre Denise-Pelletier accueille une production d'une compagnie française de Sète qui a adapté ce premier roman de Camus pour la scène. Il en résulte un spectacle solo assez inusité, mais, hélas, peu convaincant. La «tendre indifférence» du monde dépeint par l'auteur des Justes devient ici un exercice ludique, banal, voire enfantin...

Cet Étranger est plus proche de la pochade que de la philosophie.

Seul sur scène dans un décor épuré qui évoque à la fois la plage, la mer et le ciel, Pierre-Jean Peters incarne Meursault et les personnages secondaires du roman. Son jeu, très physique, s'adapte à chacun d'eux. À la manière d'un monologuiste, Peters souligne à gros traits les archétypes des personnages secondaires et livre les réflexions de Meursault comme s'il jouait par-dessus la jambe: il danse en s'enlaçant les bras autour du dos pour mimer un couple; il fait rouler un ballon avec ses pieds; il épluche et mange une orange; il se roule une cigarette, etc. À la fin, quand Meursault est prisonnier et condamné à mort pour le meurtre d'un Arabe, il nous annonce son exécution en mangeant une banane, la bouche pleine!

Certes, on dira que l'oeuvre de Camus comporte son lot d'interprétations aussi intéressantes que contradictoires. L'Étranger parle des dérives du racisme et du colonialisme, mais aussi de révolte et de liberté. Meursault est un antihéros étranger aux conventions sociales et religieuses. Alors qu'il est indifférent à son destin, sa pensée demeure lumineuse et sensuelle jusqu'à la fin.

Encore faut-il savoir en tirer un peu de profondeur.

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Collaborateur du Devoir

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