Théâtre - Copies conformes

L'univers féminin déployé dans cette brève pièce de la Française Isabelle Sorente n'a rien de fleur bleue. Dans le contexte à la fois compétitif et uniformisant d'un bureau, la femme s'y révèle au contraire une louve pour la femme... On découvre en effet ici un texte critique qui, sous une surface humoristique, égratigne le conformisme, les pressions sociales de performance, la dépersonnalisation. Hard Copy dépeint un monde qui sacrifie l'identité individuelle à l'«esprit d'équipe».

Tels de sexy robots manufacturés en série, ces quatre employées modèles parlent toutes à coups de généralités et de préceptes, des diktats qu'on croirait issus de magazines féminins. D'amusantes scènes renvoient d'ailleurs à la forme du courrier du coeur genre «Dear Abby». Elles réaffirment la nécessité d'être performantes, à tous les niveaux: épouse, amante, mère et femme de carrière, même de satisfaire — sexuellement — un patron invisible, mais néanmoins omnipotent.

Mais sous cette quête de perfection couvent la frustration, l'insatisfaction, se dévoilent failles et fantasmes. L'une est frigide, l'autre boulimique, la troisième a une sexualité débridée. Et la parfaite entente du groupe se fissure lorsqu'une remarque plus réflexive émise par la quatrième entraîne sa mise au ban de l'équipe. Les crocs sortent et les trois autres n'auront de cesse de harceler la malheureuse, d'écraser son individualité. Voire pire...

Pour monter cette comédie noire qui quitte vite le champ du réalisme, Gaétan Paré privilégie un ton parodique — quitte, peut-être, à en émousser un peu la sombre cruauté. Le metteur en scène a par contre accentué avec succès l'uniformisation jusqu'à faire de ces personnages de saisissantes copies conformes: même tailleur gris, mêmes gestes pour rajuster leurs jupes. L'efficace décor témoigne du même souci.

Adéquate dans l'ensemble (surtout Romy Daniel), l'interprétation souffre pourtant d'inégalités — dans les accents hexagonaux, notamment —, et n'est pas toujours de même force. Or, ce type d'univers exige, lui aussi, une parfaite homogénéité...

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Collaboratrice du Devoir