Théâtre - Une très longue villégiature

En mai 2008, le Piccolo Teatro de Milan était venu présenter à Montréal un magnifique Arlequin serviteur de deux maîtres, dans l'inoubliable mise en scène de Giorgio Strehler. La Place des Arts et le Théâtre du Nouveau Monde ont voulu répéter l'exploit cet automne, en demandant à la célèbre troupe de revenir et de jouer une autre comédie de Goldoni, le Molière des Italiens.

Malheureusement, malgré les indéniables qualités artistiques et esthétiques de la Trilogia della villeggiatura, dirigée par Toni Servillo, cette deuxième visite est ratée... en grande partie à cause d'un problème technique.

Si on ne maîtrise pas la langue de Goldoni (et encore, par moments, le débit des mots est si rapide que même un Italien peut s'y perdre!), on doit suivre le texte en lisant les surtitres en français ou en anglais (si vous êtes bilingue, c'est plus facile l'anglais). Or, ces surtitres sont difficiles à lire, car trop hauts, trop abondants et surexposés (une lumière vive et blanche vient pâlir les lettres durant tout le premier acte...).

Et passer trois heures à essayer de lire des surtitres sans négliger l'action sur scène, c'est loin d'être des vacances... Dommage, car cette pièce de Goldoni, malgré des longueurs, constitue un divertissement intelligent. L'auteur de La Locandiera peint ici encore un portrait juste et drôle de nos vanités sociales, nos contradictions, en nous montrant des femmes et des hommes déchirés entre le coeur et la raison, le vice et l'honneur.

La Trilogie raconte l'histoire de deux familles de la bourgeoisie et de la petite noblesse vénitienne qui se préparent à partir en vacances à la campagne, malgré des soucis d'argent. Tout le monde envie le bonheur de l'autre et veut sauver les apparences. Après moult hésitations, les familles partent faire la dolce vita avant de revenir en ville, sans le sou et rongées par la mélancolie.

Sous la direction lisse, fluide de Toni Servillo, le jeu des acteurs italiens rend très bien les défauts et les (gros) traits des personnages créés par le maître de la comédie de caractères. Finalement, en abordant la villégiature, Goldoni parle de choses assez concrètes: l'argent, l'amour, le sexe, la trahison, la convoitise...

À des siècles d'écart, les personnages de Goldoni ressemblent aux couples vaniteux, bronzés et pique-assiette des télé-réalités qui s'évadent et courent après le luxe et l'amour! Sans la noblesse ni l'intelligence...

Rien ne change! Tout est vanité! Et on peut gâcher une soirée de théâtre avec de mauvais surtitres...

***

Collaborateur du Devoir

À voir en vidéo