Une fête des sens et de l'intellect

Toni Servillo mène depuis plus de 30 ans une riche carrière d’acteur de théâtre et de cinéma, ainsi que de metteur en scène.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Toni Servillo mène depuis plus de 30 ans une riche carrière d’acteur de théâtre et de cinéma, ainsi que de metteur en scène.

Metteur en scène, acteur de théâtre et de cinéma (Il Divo, Gomorra), Toni Servillo pose ses valises à Montréal une petite semaine afin d'offrir six représentations de sa Trilogia della villeggiatura, écrite par Carlo Goldoni en 1761. Le spectacle, produit par le prestigieux Piccolo Teatro de Milan et les Teatri Uniti de Naples, met en scène des bourgeois vénitiens qui n'hésitent pas à emprunter de grosses sommes pour pouvoir jouir des charmes de la campagne.

Mener la grande vie à crédit et devoir ensuite en subir les conséquences, voilà qui est bien d'actualité. «Goldoni a représenté une petite société bourgeoise qui, sclérosée dans les conventions et les habitudes du passé, est incapable de se projeter dans le futur, de développer une vision à long terme», explique Servillo, quelques heures avant sa première montréalaise, hier soir. «On y célèbre par exemple un mariage de raison [financière], et non d'amour, en espérant ainsi régler des problèmes de liquidité, un sujet encore très actuel en effet.»

Le grand Giorgio Strehler (1921-1997), cofondateur du Piccolo Teatro, a lui-même monté plusieurs versions de la Trilogie de la villégiature. Si Servillo reconnaît l'influence du maestro, il précise que la présente production ne constitue ni un hommage, ni une tentative de reconstitution muséale. «L'apport majeur de Strehler à la scène italienne, c'est sa conception du théâtre en tant que fête pour les sens et pour l'intellect, explique-t-il. Il se sentait à l'étroit dans la conception théâtrale européenne de son époque, un milieu qui souffrait selon lui d'un manque de sensibilité artistique.»

L'Occident concerné

Pour Sergio Escobar, directeur général du Piccolo Teatro, cette nouvelle version de la Trilogia reflète un immobilisme et un désarroi qui dépassent les frontières de l'Europe et qui concernent l'ensemble de l'Occident. Le fait d'engager un metteur en scène impliqué dans l'avant-garde des années 1980 représente-t-il un effort du Piccolo pour ne pas s'empêtrer lui-même dans ses propres traditions? «Notre collaboration ne relève pas du tout d'un plan de réforme, se défend Escobar. Elle est basée sur une vision commune des grands enjeux du théâtre et une sensibilité partagée pour les grands textes du répertoire, des affinités que nous avons pu découvrir de manière très organique lorsque les Teatri Uniti sont venus présenter leurs spectacles à Milan.»

Notons en terminant que le Piccolo Teatro recevra, du 1er au 3 octobre, La Déraison d'amour, une coproduction du Trident et du Théâtre du Nouveau Monde; ce dernier participe activement à l'accueil de la Trilogia chez nous.

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Collaborateur du Devoir