Théâtre - Portrait, à chaud, de la « jeune relève »

L’auteur et metteur en scène de Martine à la plage, Simon Boulerice
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir L’auteur et metteur en scène de Martine à la plage, Simon Boulerice

Malgré ses airs d'angelot frisé et sa jeune vingtaine sans ride aucune, Simon Boulerice tient de la centrale d'énergie ambulante. En quelques années à peine depuis sa sortie de l'option théâtre de Sainte-Thérèse

— après avoir étudié en lettres à l'UQAM, dansé au Conservatoire de Montréal et travaillé le mouvement chez Omnibus — on l'a vu jouer, danser et faire de la mise en scène un peu partout, même à la télé, mais d'abord au théâtre. Et surtout dans le réseau Carte Premières. Simon Boulerice est une des figures les plus intéressantes de la «jeune relève».

On l'a vu écrire aussi, comme un boulimique: un roman (Les Jérémiades, paru l'an dernier chez Sémaphore) et des pièces de théâtre. Beaucoup de pièces de théâtre: Martine à la plage, qui va prendre l'affiche mardi, était déjà son septième texte pour le théâ-tre... Avant que le nouveau Pig ne soit mis en lecture au Quat'Sous, jeudi dernier, dans le cadre de Dramaturgies en dialogue!

La démarche « concept »

C'est, bien sûr, Martine à la plage qui nous amène à une terrasse de café près du journal. La production de l'Abat-Jour Théâtre mettant en vedette Sarah Berthiaume, la complice de Simon Boulerice et cofondatrice de la compagnie, a déjà installé jusqu'à la fin du mois ses serviettes de plage et ses chaises de patio au Bain Saint-Michel, rue Saint-Dominique. Le titre s'inspire évidemment de la fameuse série des Martine que tous les enfants, même les anciens, connaissent.

«On a installé les serviettes et les chaises dans le Bain parce que Martine à la plage est une comédie de fin d'été, explique en souriant l'auteur, qui met aussi en scène le spectacle. Une comédie aquatique, genre piscine hors-terre, qui raconte huit jours de la vie d'une fille de 14 ans un peu bizarre. Sarah [Berthiaume] joue cette sorte de Lolita reject, qui vit toute seule et qui va d'échec en échec, de façon tellement drôle et bouleversante; c'est sa profonde humanité, cette façon qu'elle a de se servir des imperfections de son personnage, qui me touche. [...] On a tellement de fun en répétitions! On se permet tout! C'est loufoque, ludique, festif et tragique en même temps... C'est comme ça que je voudrais que les spectateurs reçoivent le spectacle.»

Cette Martine est un peu à côté de ses pompes, comme la plupart des enfants abandonnés à eux-mêmes quand leurs parents sont trop occupés; son père est instructeur dans une école de conduite et c'est sa mère, pour faire changement, qui est totalement absente. Rajoutez à cela une esthétique très fifties sur fond de musique rétro... et Martine qui se met à investir dans l'imaginaire. À profusion. Tellement qu'elle «tombe en amour» avec son voisin albinos... dont elle découvre qu'il est optométriste. Bientôt, elle s'invente des séries d'exercices pour se ruiner les yeux et ainsi avoir l'occasion de le voir plus souvent. Simon Boulerice raconte que la pièce lui est venue comme «une idée conceptuelle beaucoup plus qu'une idée dramaturgique».

«C'est le premier spectacle dans lequel je me penche sur la thématique des arts visuels. Simon a toujours voulu danser prenait racine dans mon goût pour le mouvement et la danse, mais ici, ce sont les arts visuels, la démarche visuelle, la réflexion qu'elle provoque et ce qu'elle supporte, qui viennent appuyer l'action. Très concrètement, ça veut dire que c'est un show d'acétates et qu'on s'est servi d'un rétroprojecteur, qui joue un rôle important tout au long du spectacle. Il y a aussi que tout passe par les yeux et le regard de plus en plus flou de Martine. Plus l'action avance, plus elle voit flou; elle en vient même à parler avec les fantômes qui flottent dans l'angle mort à la périphérie de son regard. Avec son sarrau blanc, ses cheveux blancs et son teint pâle, le voisin, Gilbert Marcel, devient ainsi le plus présent de ces fantômes...»

Quand Martine apprendra que Gilbert Marcel — le nom est formé du prénom des auteurs de la série des Martine, Gilbert Delahaye et Marcel Marlier — part en vacances à la plage avec sa famille à Old Orchard, elle fera tout pour le rejoindre...

L'usine Boulerice

À travers ses mots, à travers son enthousiasme débordant, Simon Boulerice est l'incarnation même de ce que la jeune relève offre de plus intéressant: on comprend vite qu'il est «tombé dedans quand il était tout petit». Il parle de son spectacle en multipliant les images, changeant ses références pour mieux les adapter aux quelques rares et précieuses qu'il partage avec le «moins jeune chroniqueur» que je suis forcément devenu avec les années. Il parle de jeux d'enfants que j'arrive mal à identifier — le Wija, ça vous dit quelque chose? Et, Candyman? Hum? — pour mieux revenir à Cocteau et le citer dans le texte. Au moment parfait. Avec tout le tact du monde. Un jeune homme brillant. Ça réchauffe toujours le coeur d'en frôler un...

Mais il ne chôme surtout pas pour autant, le jeune homme. Pendant qu'il signe la mise en scène de Martine à la plage qu'il a écrit, Dramaturgies en dialogue propose Pig, on l'a dit; Boulerice raconte là l'histoire compliquée de «Paul, neuf ans, qui a deux mamans et qui veut devenir une Muse». Mais ce n'est pas tout. Loin de là.

Début novembre, aux Gros Becs à Québec, il jouera d'abord dans La Robe de ma mère, de Serge Marois — un spectacle qui tourne un peu partout — puis il pourra assister là à la création d'Éric n'est pas beau, le 16 novembre, un texte qu'il a écrit pour marquer les 30 ans de la compagnie Le Gros Mécano et qui est mis en scène par Marion Grandjean, une coproduction à joueurs multiples qui partira sans doute bientôt en tournée, ici comme en Europe.

Cela ne l'empêche évidemment pas de participer aussi à Naissances, un parcours théâtral présenté à l'Espace Libre et qui fait appel à cinq auteurs. Du 30 novembre au 18 décembre, dans l'ancienne caserne, Boulerice signe et joue La Naissance... d'un coup de foudre.

Notre homme pourra ensuite goûter quelques jours de paresse — puisque les plateaux de télé ne sont quand même pas encore trop absorbants — avant de se préparer à participer aux Contes urbains avec une histoire de son cru, bien sûr, puis, beaucoup plus tard, à la fin de janvier, de créer Les Mains dans la gravelle à l'Arrière-Scène de Beloeil.

Homme-orchestre comme il aime bien le faire, Boulerice signe là le texte, cosigne la mise en scène avec Serge Marois et joue le rôle de Fred Gravel, un artiste en arts visuels nourri par son passé d'enfant pauvre. Avant même de voir la chose, on vous suggère de vous trouver un neveu ou une nièce qui a entre 8 et 12 ans et de donner un coup de fil à Beloeil...

Mais ce n'est pas tout! Simon Boulerice sera en résidence d'écriture à Limoges dès le début du mois de mai; il travaillera sur un texte pour ados racontant un assassinat homophobe. Dans ce dernier cas, Boulerice précise qu'il s'agit d'abord d'un «projet dramatique, un texte seulement, une sorte de duel».

Seulement...

On aura compris que la meilleure façon de mettre la main sur un Simon Boulerice, c'est encore de prendre le chemin du Bain Saint-Michel...

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Martine à la plage

Texte et mise en scène de Simon Boulerice. Avec Sarah Berthiaume, jusqu'au 25 septembre, au Bain Saint-Michel, 5300, Saint-Dominique. Billets à la porte, argent comptant seulement (20 $)

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