Théâtre - Dans la tête de Larry Tremblay

Chapeau (melon) à Maxim Gaudette et Patrice Dubois, des Laurel et Hardy sado-maso par qui passe la tragédie comique!
Photo: Suzanne O’Neill Chapeau (melon) à Maxim Gaudette et Patrice Dubois, des Laurel et Hardy sado-maso par qui passe la tragédie comique!

Pas facile de comprendre tout de go le théâtre de Larry Tremblay. Son univers ressemble à un labyrinthe où on s'y perd avec bonheur et amusement, sans y trouver de sens.

«Ses textes sont souvent oniriques et fantastiques, mais l'image et le rythme y sont clairs et vivants», écrit-on dans l'Encyclopédie canadienne du théâtre. Cela résume assez justement Abraham Lincoln va au théâtre. Une pièce déroutante créée en 2008 et reprise actuellement à Espace GO, sous l'habile direction de Claude Poissant.

Sa prémisse? L'assassinat du président américain, en 1865, par un jeune acteur sudiste et esclavagiste, alors que Lincoln assistait à une représentation d'une comédie au Ford's Theatre, à Washington. Or, si vous connaissez l'oeuvre de Larry Tremblay, vous devinez qu'il ne se contentera pas de ce drame historique. Tremblay fait la satire du milieu théâtral québécois; critique la schizophrénie culturelle des États-Unis, cette terre propice autant à la violence qu'au divertissement; et nous rappelle aussi le caractère éminemment tragique du comique.

Deux acteurs vêtus en Laurel et Hardy avancent sur la scène dépouillée. (On apprendra qu'ils ont joué ensemble dans une populaire télésérie, dont ils semblent prisonniers du succès.) Engagés par un metteur en scène «à la fois craint et admiré», ils doivent monter une farce sur l'assassinant de Lincoln. Le personnage du président y sera une statue de cire... qui va reprendre vie sous nos yeux, avant de nous plonger dans une histoire à la fin grotesque.

Abraham Lincoln va au théâtre est une pièce conçue, tant dans sa forme que dans son contenu, pour de grands acteurs. L'abondance des niveaux de jeu, des mises en abîme, des décrochages et des réflexions représente à la fois un défi et un bonheur pour des artisans de la scène. On est dans la création à l'état pur, loin du jeu mécanique. Un monde dans lequel l'imaginaire et l'inventivité sont rois. Chapeau (melon) à Maxim Gaudette et Patrice Dubois, des Laurel et Hardy sado-maso par qui passe la tragédie comique! Même chose pour le sidérant Lincoln-de-cire-qui-se-transforme-en-metteur-en-scène-délirant, joué par un Benoit Gouin au sommet de sa forme!

Larry Tremblay compte parmi les dramaturges québécois les plus joués dans le monde. Abraham Lincoln va au théâtre est déjà traduite en anglais et en italien et, après les représentations montréalaises, le spectacle fera l'objet d'une tournée au Québec et en Ontario. Si avec cette pièce il risque de plaire davantage à un public averti, il a réussi à nous donner tout de même une oeuvre ludique, insolite et surtout inclassable.

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Collaborateur du Devoir

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