Tragédies trop ordinaires

Tragédies romaines, de Ivo van Hove
Photo: Yan Versweyveld Tragédies romaines, de Ivo van Hove

Marie-Hélène Falcon n'hésite pas une seconde: pour la directrice du FTA, le versant théâtre de cette édition de son festival est truffé de «moments percutants, essentiels pour notre époque». À commencer par ces Tragédies romaines que le metteur en scène Ivo van Hove a adaptées de Shakespeare (il s'agit en fait de Coriolan, Jules César et Antoine et Cléopâtre): elle parle d'un vibrant discours sur la démocratie et sur la volonté de pouvoir, «fait pour le public d'aujourd'hui habitué à la guerre en direct au journal télévisé». Par sa forme audacieuse — le spectateur est invité à monter sur scène et à se rapprocher de l'action tout en buvant une bière autant qu'à sortir pour prendre l'air — Ivo van Hove réactualise l'action en permanence avec des caméras vidéo transmettant leurs images sur une multitude d'écrans. On pourra se faire une idée encore plus précise de sa démarche en lisant, mardi prochain, à deux jours de l'ouverture du festival, l'entrevue que nous a accordée le metteur en scène belge installé à Amsterdam.

Mais il n'y a pas que Shakespeare, il y a Wajdi Mouawad qui arrive en force lui aussi avec quatre productions démesurées: sa trilogie du Sang des promesses — Littoral, Incendies, Forêts, présentées en un bloc de 12 heures au théâtre Maisonneuve, comme à Avignon l'été dernier au Palais des papes — et Ciels, qui vient mettre un point final (plutôt difficile à avaler) à tout cela. Ceux qui n'ont pas pu voir encore cet incontournable monument du théâtre d'ici et de partout — il reste toujours quelques billets au moment d'écrire ces lignes — auront l'occasion de se reprendre, puisque l'ensemble prend aussi l'affiche, un peu plus tôt, au Carrefour international de Québec.

La patronne du FTA, qui va d'une générale à l'autre ces jours-ci, est enthousiaste comme elle l'est toujours en soulignant le nombre élevé de créations («Huit, si on compte les coproductions!») inscrites à la programmation du festival. Elle est intarissable au sujet de Cendres, par exemple, que Jérémie Niel a adaptée et mise en scène à partir du roman Terres et cendres, d'Atiq Rahimi. Tout autant à propos de cette nouvelle version chorale à cinq voix de Dragonfly of Chicoutimi, de Larry Tremblay, orchestrée par Claude Poissant, et de Domaine public, du Catalan Roger Bernat. Elle dit de L'Effet de Serge, du Français Philippe Quesne, que c'est un des spectacles les plus brillants qu'elle a vus. De Tony Nardi, qui poursuit ses lettres à l'establishment culturel en s'adressant cette fois aux pouvoirs publics, que c'est son spectacle le plus percutant. Sans oublier les Mexicains de la compagnie Lagartijas tiradas al sol, qui proposent «un spectacle revendicateur en complète rupture avec les générations précédentes». «Comme Wajdi Mouwad. Comme Ivo van Hove. Comme ce spectacle spécial pour Haïti aussi auquel se sont associés Brigitte Haentjens, Denis Marleau et Martin Faucher à partir d'un texte adapté par José Pliya...»

Bref, une édition du FTA sous une même bannière, exigeante, et qu'on peut décrire par une série de défis essentiels: créer, dénoncer, provoquer, revendiquer, bouleverser, réactualiser...