Théâtre - Orgie de mots

Une scène de Buffet chinois, de Nathalie Boivert, à l’Espace Go
Photo: Paul-Antoine Taillefer Une scène de Buffet chinois, de Nathalie Boivert, à l’Espace Go

La nouvelle création de Momentum renvoie un reflet décidément peu flatteur de la culture nord-américaine. Nathalie Boisvert a écrit une parabole outrancière — et passablement transparente — sur cette société de consommation et de spectacle, où règne le déni de la réalité. Petit monde conformiste qui vit en touristes insouciants face au réel, attendant une catastrophe finale transformée en gros divertissement, tout en s'employant à bâillonner les voix dissidentes.

Certains éléments de cette histoire cauchemardesque évoquent d'autres oeuvres québécoises. Avec son martyre d'un personnage de résistant, en butte à une faune cruelle et intolérante de la différence, on pense notamment un peu à La Charge de l'orignal épormyable. L'univers dramatique n'en a hélas pas la puissance poétique, en dépit de trouvailles ingénieuses.

Un peu comme ses personnages ne jurant que par la stricte lettre du dictionnaire, Buffet chinois est une oeuvre qui vit, et périt, par les mots. La plume prolixe de Nathalie Boisvert montre une dextérité certaine pour jouer avec la langue, mettre en valeur la sonorité des mots, exposer la vacuité des phrases creuses prononcées par ses personnages.

Mais, sur scène, on a un peu l'impression que sa pièce est restée au niveau d'un exercice verbal désincarné. Le procédé langagier — la famille multipliant les définitions littérales des mots — devient répétitif et un peu lassant. Même si le spectacle mis en scène par Jean-Frédéric Messier travaille sur la musicalité et insère des variations dans l'écriture: chansons, récitatifs... Il y a un sentiment de piétinement dans cet univers dépourvu d'émotion, où le récit paraît évoluer vers une issue prévisible — si l'on fait abstraction du rôle obscur dévolu au cinquième personnage.

Et le spectateur ne peut se raccrocher aux personnages, qui ne possèdent pas vraiment d'épaisseur dramatique (surtout les masculins) et ne sont d'ailleurs pas conçus pour susciter la sympathie. En adolescente lucide et insoumise, révoltée devant l'inconscience satisfaite de sa tribu, Nathalie Claude joue pourtant avec beaucoup de souplesse. Sans pour autant toucher.

Si bien que, malgré son caractère violent, voire grotesquement monstrueux, cette charge risque davantage de susciter l'ennui que le choc.

***

Collaboratrice du Devoir
2 commentaires
  • Denis Lebel - Abonné 17 mai 2010 13 h 07

    Buffet chinois (How you can hate)

    Je suis en parfait accord avec la critique de Mme Labrecque. Lire la mienne sur Voir. C'est à mon avis un four.
    Ce qui me désole le plus n'est pas la qualité de ce qui est proposé mais le choix qu'a fait Espace GO de le présenter. Serait-on à ce point à cours de théâtre de qualité? Il n'y a pas que la création en ce bas monde. Rappelons-nous seulement de "Oh les beaux jours" et de "Le bruit et la fureur" l'an dernier.

  • Sylvain Laroche - Inscrit 26 mai 2010 21 h 46

    Un nouveau "Critique" est né?

    J'ai pris connaissance de votre blogue (car c'est bien de cela qu'il s'agit !) sur le site du journal Voir. Vous y pourfendez ce spectacle qui, sans être une grande réussite, n'était certainement pas un bide aussi navrant que vous le laissez entendre.
    Il y a une telle suffisance dans vos propos, doublée d’une arrogance si crasse à suggérer qu’un texte (récipiendaire du prix Gratien Gélinas) ne devrait pas être joué, qu’en vous lisant on a surtout l’impression que vous avez un immense besoin de reconnaissance. De là, sans doute, le titre de “critique” que vous accordez à vos petits papiers. Vous êtes un lecteur, Monsieur Lebel, et Voir publie vos opinions comme celles d’autres membres.
    Il y a, Dieu merci, un monde entre un spectateur éclairé qui se fend de son petit blogue et un critique véritable.

    Vous écrivez : "Serait-on à ce point à cours de théâtre de qualité?"
    À cours? À cour? À courre? À court!

    Dans le cas de la pièce “Buffet Chinois”, vous parlez d’amateurisme flagrant…