Théâtre - À la guerre comme à la guerre

Carl Béchard a réalisé et mis en scène ce collage de textes de Boris Vian où poèmes et chansons s’intercalent entre les différents actes du Goûter des généraux, «tragédie lyrique et militaire».
Photo: yves renaud Carl Béchard a réalisé et mis en scène ce collage de textes de Boris Vian où poèmes et chansons s’intercalent entre les différents actes du Goûter des généraux, «tragédie lyrique et militaire».

«The show must go on»,dit-on. À quelques semaines d'avis, Marc Béland a accepté de remplacer Pierre Lebeau dans le dernier spectacle de la saison du Théâtre du Nouveau Monde, Et Vian! dans la gueule.

Si son rôle du général James Audubon Wilson de la Pétardière-Frenouillou, que le comédien défend fort honorablement, occupe une place centrale dans le récit, le spectacle ne repose pas principalement sur lui. Peut-on dès lors mettre sur le compte de l'arrivée tardive de Béland dans le processus de création les évidents problèmes de rythme et d'ajustement qui subsistaient encore dans cette production quatre jours après le début des représentations?

Carl Béchard a réalisé et mis en scène ce collage de textes de Boris Vian où poèmes et chansons s'intercalent entre les différents actes du Goûter des généraux, «tragédie lyrique et militaire» écrite en 1951 et toujours tristement actuelle. Dans ce délicieux et féroce pamphlet antimilitariste, un général réunit chez lui quelques collègues afin d'organiser une guerre commandée par l'État afin de renflouer les coffres de France. Caricature pleine d'esprit des tenants du pouvoir, le court brûlot s'inscrit dans la lignée d'Ubu Roi d'Alfred Jarry et de certaines oeuvres d'Eugène Ionesco, collègue de Vian au sein du très sérieux Collège de 'Pataphysique.

La version du Goûter servie dans Et Vian! ménage sa part de joie: dans les personnages bien typés et leur discours, on reconnaît la veulerie des hommes qui envoient au massacre quantité de soldats au nom d'impératifs économiques et politiques. Adoptant un jeu évoquant souvent la marionnette, les Marie-Ève Beaulieu, Emmanuel Bilodeau, Pierre Chagnon, Bénédicte Décary, Pascale Montpetit, Alain Zouvi et Sylvie Drapeau (particulièrement étonnante en présidente) composent à gros traits des figures fantoches, expertes dans l'art de s'en laver les mains.

Le problème majeur tient, pour l'instant du moins, au collage de textes, aux transitions, à ce cabaret jazzy que l'on tente de créer entre les actes et qui ne trouve jamais son rythme. Une sonorisation mal calibrée fait que la musique enterre parfois les acteurs, et le texte s'y perd. Bien sûr, Le Déserteur ou Je voudrais pas crever, ça remue toujours l'intérieur. Par contre, cette union recherchée entre le Verbe et le Swing, ce mariage entre la force de frappe des mots et le vif allant du jazz que souhaitait organiser Carl Béchard, se présentait encore vendredi soir dernier comme un ballet mal réglé.

A-t-on manqué de temps? Peut-être... mais bon, à la guerre comme à la guerre, j'imagine.

***

Collaborateur du Devoir