Théâtre - Bonheur d'occasion chez Fanny Britt

Johanne Haberlin, Steve Laplante, Alexia Bürger et Josée Deschênes dans une scène de la pièce Enquête sur le pire.
Photo: Valérie Remise Johanne Haberlin, Steve Laplante, Alexia Bürger et Josée Deschênes dans une scène de la pièce Enquête sur le pire.

Fanny Britt a la plume prolifique et décidément flexible. L'auteure de Couche avec moi (c'est l'hiver) prend volontiers au piège certains de nos travers et obsessions actuels. Ici, elle paraît accuser la course obligée au bonheur tout en présentant, paradoxalement, un personnage qui semble se complaire dans la souffrance.

La narcissique et anxieuse Bébé (campée avec assurance par Johanne Haberlin) vit enfermée chez elle depuis que son mari l'a quittée. Elle rencontre son opposée qui deviendra aussi son alliée, une jeune Roumaine rayonnante (la justement solaire Alexia Bürger). Comme si la pièce posait un contraste entre la capacité de survie d'êtres qui ont connu de «vrais» problèmes et les peurs injustifiées de l'Occidentale gâtée... Une protagoniste trop égocentrique pour susciter pleinement l'adhésion et l'empathie.

Drame psychologique, satire? On reste parfois incertain devant la tonalité qu'adopte le texte, son ambiguïté. Ainsi, l'élégante narration en voix hors champ — qui met en relief la qualité de l'écriture — semble apporter un ton conventionnel, presque démodé, distancié, à la pièce, mais on sent qu'elle pourrait verser dans l'ironie.

Enquête sur le pire déroule un récit, avec grosse révélation à la clé, qui peut divertir au premier niveau. Et le spectacle comporte par ailleurs nombre d'éléments intéressants. Au premier chef, certaines incursions dans l'imaginaire. On aurait pris davantage de scènes avec le fantôme de la mère paranoïaque et contrôlante (excellente Josée Deschênes).

Soulignons d'ailleurs la qualité de la distribution, qui livre des compositions à la fois typées et complexes. Christian Bégin donne ainsi un savoureux cynisme à son agent terre-à-terre, avant d'en mettre à nu la touchante vulnérabilité. Seul Steve Laplante hérite d'un rôle moins fort, peut-être parce que l'amoureux perdu devient un objet idéalisé par Bébé. Comme si dans cet univers égocentrique, tout était ramené à sa perception.

La finale, abrupte, laisse perplexe. Bref, on passe généralement un bon moment dans le monde créé par Fanny Britt, même si on se demande parfois un peu où elle nous emmène.

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Collaboratrice du Devoir