Théâtre - Je suis comme je suis

Si l'on vit pour son art, faut-il en faire pour autant le sacrifice de sa vie? Oui, si on s'appelle Maria Callas. Du moins, c'est la leçon qu'elle essaie de donner aux apprentis chanteurs venus chercher conseils, contre vents et marées, lors d'un atelier de maître. Des leçons de vie plus que de techniques lyriques. Pour la légende de l'opéra, un artiste avec un grand A est comme une éponge qui absorbe tout ce que la vie met sur son chemin. Et qui, à force de travail et de talent, parviendra (peut-être) au chef-d'oeuvre...

Amateur de la chanteuse depuis son adolescence, Terrence McNally s'est inspiré de la série d'ateliers donnés par Maria Callas à l'école de musique Juilliard, en 1971, six ans avant sa mort. Le dramaturge en fait une pièce drôle et émouvante mêlant chant, drame, anecdotes historiques et humour. Créée en 1995, Master Class a connu le succès à Broadway, récoltant trois prix Tony en 1996. La même année, Denise Filiatrault propose la pièce au public du Théâtre Juste pour rire, dans une traduction de Michel Tremblay, avec Patricia Nolin incarnant la «Divina». Ce printemps au Rideau vert, la metteure en scène remonte Les Leçons de Maria Callas, dans une nouvelle production mettant en vedette Louise Marleau, dans ce rôle fait sur mesure pour de grosses pointures (il a été créé par l'actrice new-yorkaise Zoe Caldwell)!

Mme Marleau n'a pas besoin de lire des biographies pour saisir la complexité et la sensibilité de ce personnage plus grand que nature. La comédienne est aussi une enfant de la balle qui a appris son métier avec Jean Gascon. Elle a commencé à jouer dès l'âge de sept ans à la radio, à la télévision et au théâtre. Un peu nerveuse durant les premières minutes, mercredi soir de première (la pièce se déploie trop lentement au début), Louise Marleau atteint rapidement sa vitesse de croisière pour devenir la Callas, cette diva capricieuse, caustique et exigeante, mais aussi une femme fragile, mal aimée et terriblement seule.

Quand les étudiants interprètent certains de ses grands succès lyriques, Callas revit sous nos yeux des épisodes extraordinaires ou sombres de sa vie. L'interprète de La Traviata, de Lucia, de Norma et de Tosca se rappelle ses conflits avec son premier mari, son amour avec le richissime Aristote Onassis qui l'a laissée pour épouser une autre femme célèbre: Jackie Kennedy.

D'ailleurs, tout de noir vêtue, collier de perles au cou, cheveux longs et lissés vers l'arrière, Louise Marleau affiche une beauté classique, sans âge. Elle pourrait autant incarner Jackie, Lady Macbeth, Médée que Callas. Et c'est là où son interprétation touche par moments à l'universel: dans le drame de Maria Callas, c'est celui de la fragilité de toutes les femmes qui s'exprime sur les planches.

Sobre et efficace, la mise en scène de Denise Filiatrault nous transporte avec brio de l'auditorium de Juilliard à la Scala de Milan. Son choix de donner les rôles du ténor, du pianiste et des sopranos à des interprètes de formation musicale, plutôt qu'à des acteurs, est parfaitement justifié et réussi. Un bémol, par contre, pour l'accompagnateur au piano qui en met un peu trop. On exigerait plus de discrétion pour accompagner la Callas...

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Les Leçons de Maria Callas
De Terrence McNally. Mise en scène: Denise Filiatrault. Distribution: Louise Marleau et cinq autres interprètes. Au Rideau vert, jusqu'au 22 mai.

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Collaborateur du Devoir