Théâtre - Croisière agitée sur la mer de la vie

Billy Twinkle, le personnage principal du théâtre de marionnettes de Ronnie Burkett, est secondé par une impressionnante compagnie de marionnettes.
Photo: Trudie Lee low Billy Twinkle, le personnage principal du théâtre de marionnettes de Ronnie Burkett, est secondé par une impressionnante compagnie de marionnettes.

Sur une scène miniature, les spots multicolores et les rideaux argentés donnent tout de suite le ton. Dans un univers kitsch, situé entre La croisière s'amuse et La Poule aux oeufs d'or, le théâtre lilliputien de Ronnie Burkett nous emmène littéralement en bateau.

Cette fois, le maître des marionnettes, qui en est à sa septième création, nous transporte dans l'univers de Billy Twinkle, star vieillissante et déchue des boîtes de nuit, qui vient d'être renvoyé après une carrière passée sur des bateaux de croisière à manipuler ses pantins.

Au bord du désespoir, l'artiste s'apprête à se jeter à l'eau quand son mentor des premiers jours, campé par une marionnette à main, à grand nez et grandes oreilles, surgit d'outre-tombe pour le confronter à ses choix passés et lui rappeler sa carrière en dents de scie.

Grâce à ces allers et retours constants entre présent et passé, Billy Twinkle, secondé par une impressionnante compagnie de marionnettes, nous apparaît aux divers âges de sa vie, entouré de personnages plus loufoques les uns que les autres.

La grande différence, cette fois, c'est que Burkett lui-même partage la scène avec toute sa petite tribu de pantins à fil, personnifiant ce Billy Twinkle au mitan de la vie, forcé à des questionnements existentiels par son mentor.

À grand renfort d'effets théâtraux et de monologues récités à un rythme d'enfer, Burkett et son irascible mauvaise conscience occupent la grosse part de ce plancher miniature, brisant le mur de verre qui sépare d'ordinaire maître et marionnettes.

L'idée, en soi, est intéressante. Mais, concrètement, cela fait que les personnages de Burkett, hilarants d'ironie et de dérision, passent trop souvent à la trappe, écrasés par l'omniprésence de ce maître géant en chair et en os, la plupart du temps tourné vers son nombril.

Bien sûr, on retrouve au détour l'humour prolixe et décapant de Burkett, ouvertement gai, où l'autodérision domine. Mais la surdose nous guette au détour, surtout quand le débit effréné de Burkett s'essouffle dans des logorrhées livrées à bride abattue. Trop longs, trop fréquents, trop tout!

Faut-il s'étonner que les moments forts du spectacle demeurent ceux où Rusty l'effeuilleuse, la défraîchie cantatrice Biddy Bantam Brewster ou l'hilare Sid Diamond, octogénaire à la prostate gonflante, reprennent le tapis, manipulé par les doigts habiles de Burkett. Car c'est encore là, dans la peau de ces personnages miniatures, que le génie créatif et le jeu de Ronnie Burkett, maître incontesté de l'art de la marionnette, trouvent leur expression la plus pertinente.

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Billy Twinkle: Requiem for a Golden Boy
Ronnie Burkett Theatre
Jusqu'au 1er mai, à la cinquième salle de la Place des Arts