Le Japon dit «sayonara» au théâtre kabuki de Tokyo

Tokyo — Le rideau s'apprête à tomber sur le Kabukiza de Tokyo, le temple du kabuki, théâtre traditionnel japonais, qui doit être démoli le mois prochain pour céder la place à un gratte-ciel.

Les dernières représentations affichent complet et chaque jour, des femmes vêtues de leur plus beau kimono et des groupes de touristes se pressent devant le bâtiment en forme de sanctuaire shinto, construit il y a un demi-siècle dans le quartier chic de Ginza.

Haut de trois étages, le Kabukiza, avec ses toits en pagode et ses lanternes rouges, symbolisait pour beaucoup de Japonais l'époque paisible de l'ère Showa, qui a transformé le Japon en une puissance économique après la défaite de 1945.

Pendant plusieurs décennies, c'est dans ce théâtre qu'ont été montrés les plus beaux kabukis, où les acteurs, uniquement masculins, jouent tous les rôles dans des costumes extravagants, le visage recouvert d'un maquillage stylisé et coloré.

La société de cinéma et de spectacles Shochiku, propriétaire du bâtiment, envisage de le démolir en mai et de construire à la place une tour de bureaux de 49 étages d'ici 2013, pour un investissement de 43 milliards de yens (462 millions $CAN).

Officiellement, la décision a été prise car le Kabukiza ne répondait plus aux normes antisismiques. Shockiku ajoute toutefois qu'un nouveau théâtre sera reconstruit, avec certains éléments de la façade d'origine, au rez-de-chaussée du futur gratte-ciel ultramoderne.

Pendant les travaux, le spectacle va continuer dans d'autres théâtres de la capitale et du pays, mais pour beaucoup de nostalgiques, la disparition du Kabukiza marquera la fin d'une époque.

«Quand il va fermer ses portes, je vais fermer ma boutique», déclare Kazushi Nishii, 80 ans, qui vend des châtaignes grillées devant le théâtre. «Le Kabukiza était un peu comme ma chérie et je n'ai pas envie d'en voir un nouveau.»

«Je suis très triste. Beaucoup de gens viennent, mais c'est difficile d'acheter un billet désormais», confie Kikuko Murakami, 79 ans, qui tient une échoppe de boissons et de collations.

Chaque jour, des touristes japonais et étrangers se font prendre en photo au pied des marches, à côté d'un tableau lumineux égrenant les jours et les heures restant avant la dernière représentation, prévue le 30 avril.