Théâtre - Vieux jeu

Gabriel Sabourin et Benoît Brière dans une scène de la pièce Une partie avec l’Empereur.
Photo: François Brunelle Gabriel Sabourin et Benoît Brière dans une scène de la pièce Une partie avec l’Empereur.

C'est le dilemme éthique classique: si vous aviez l'occasion de tuer un tyran avant qu'il n'entraîne le monde dans une guerre meurtrière, le feriez-vous? Pour sa seconde création, après Le Fou de Dieu, Stéphane Brulotte livre une curiosité: une «comédie d'espionnage» mettant en vedette Napoléon, avec conspirations, références historiques et coups de théâtre.

Un jeune acteur anglais doué pour les échecs y raconte au public son étrange aventure: embrigadé de force dans un complot pour empoisonner Napoléon en 1814, il est envoyé à l'île d'Elbe, où le conquérant déchu subit un exil doré. Et passe le temps en gagnant aux échecs. Mais une joute autrement importante se livrera entre l'imposteur, qui a vite des doutes sur le bien-fondé de sa mission, et sa proie, peut-être pas si dupe...

Qui trahit, qui manipule qui? Une partie avec l'Empereur est aussi, finalement, une pièce sur le théâtre, sur le jeu nécessaire «pour sauver sa peau». Une intéressante scène autour du Jules César de Shakespeare joue ainsi sur le vrai et le faux. L'essentiel du décor consiste en de lourds rideaux qui découpent un plateau presque vide et — inutilement — tournant.

Et Napoléon y apparaît comme un acteur consommé, une personnalité à plusieurs facettes, roué, farceur, colérique. Un rôle qui va bien sûr comme un gant à Benoît Brière, qui se révèle aussi convaincant dans la brutalité que dans la bouffonnerie. Lynda Johnson montre aussi du chien dans le personnage ambigu de la comtesse.

Par contre, Gabriel Sabourin apparaît un peu raide dans un rôle, il faut le dire, peu intéressant. Un apprenti meurtrier naïf et manipulé, ce qui empêche tout questionnement complexe sur la moralité de son geste. Il y a ici clairement une victime et un bourreau.

Au final, Stéphane Brulotte a troussé un divertissement honnête, parfois assez habile, n'évitant pas les bons mots convenus (style «il n'y a pas que les échecs dans la vie; il y a aussi les dames»...). Mais aussi un spectacle d'une théâtralité appuyée, à la forme étonnamment vieillotte, qui semble mettre bien longtemps avant d'arriver à son prenant climax — d'une cruauté qui rompt radicalement avec le ton comique.

Une création qui nous ramène vraiment dans le temps.

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Collaboratrice du Devoir