Théâtre - La promesse de l'aube

L’oeuvre expose une vérité essentielle: la quête d’amour.
Photo: Maxime Côté L’oeuvre expose une vérité essentielle: la quête d’amour.

De Rimbaud à Tremblay, en passant par Nelligan, on choisit d'écrire probablement pour «tuer» ses parents, afin de pouvoir les ressusciter allégoriquement dans une œuvre. On deviendrait auteur pour se révolter, puis se réconcilier avec la vie... et avec ceux qui nous en ont fait cadeau.

Éric Noël fait cela avec sa pièce Faire des enfants, créée mardi par les finissants 2010 (interprétation, technique, production) de l'École nationale de théâtre. L'auteur de 25 ans propose un texte sombre et lumineux, précurseur d'une belle oeuvre à venir.

Avec un talent et une urgence de dire qui secoue le spectateur dès ses premières répliques, Faire des enfants nous touche droit au coeur. C'est l'histoire de Philippe, un jeune homme en détresse qui cherche le soleil au milieu de la nuit. Littéralement. La nuit étant ici celle du Village gai à Montréal, avec ses excès et ses plaisirs coupables. Drogue, alcool, sexe et sauna... La pièce commence d'ailleurs sur un trip de cul, habilement mis en scène par Pierre Bernard, sur l'air de The Cold Song, du chanteur Klaus Nomi, d'après l'opéra Le Roi Arthur de Purcell. Ce choix musical illustre magnifiquement la soif d'absolu, aussi exaltante que douloureuse, de Philippe.

Au début, on pense aux pièces de Brad Fraser, en se demandant où tout ce sexe nous mènera bien. Puis apparaissent d'autres personnages: la meilleure amie, la mère, le père et la soeur de Philippe. Faire des enfants transcende alors la description d'un milieu pour s'envoler vers un autre univers, plus poétique. Et toucher à l'universel. L'oeuvre expose une vérité essentielle: la quête d'amour. Or Philippe se juge indigne d'affection; sa quête se transforme donc en entreprise d'autodestruction. Il plonge dans la tragédie. Pure et sublime.

Bien sûr, il s'agit d'un «exercice public» de l'École nationale. Les comédiens n'ont pas tous l'âge de leur personnage. Le jeu de certains acteurs manque de nuances. Il est parfois trop dans la livraison, et pas assez dans la situation. Par contre, soulignons les prestations solides de Marie Bernier (en mère désabusée) et de Roseline Biron (la soeur rangée de Philippe) qui se livrent à un cruel duel mère-fille. Troublant.

Sans tomber dans le psychologisme, on aurait aimé que l'auteur développe davantage la genèse de son drame. Néanmoins, cette production est supérieure à bien d'autres présentées, bon an mal an, par des compagnies professionnelles. Ce qui est remarquable!

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Collaborateur du Devoir