Théâtre - Triste Amérique

Catherine de Léan et Marie-Hélène Thibault se distinguent dans la confrontation imaginée par l’auteure Catherine Léger, une conversation entre deux sœurs qui tourne au vinaigre.
Photo: S. O’Neill Catherine de Léan et Marie-Hélène Thibault se distinguent dans la confrontation imaginée par l’auteure Catherine Léger, une conversation entre deux sœurs qui tourne au vinaigre.

Afin de conclure un cycle américain où elle nous aura donné aussi bien l'étonnant Anna Bella Eema de Lisa D'Amour qu'une fade version de Réveillez-vous et chantez! de Clifford Odets, Luce Pelletier, du Théâtre de l'Opsis, a demandé à cinq auteurs dramatiques et trois auteurs-compositeurs d'ici de nous livrer leurs impressions sur les États-Unis. Une bien triste Amérique en vérité que celle scrutée du haut de notre observatoire québécois, si l'on se fie à ce spectacle-courtepointe tissé de points de vue plus souvent superficiels que pénétrants.

Pelletier a décidé de fractionner les cinq récits et de les livrer par petits épisodes plutôt que de les donner l'un après l'autre. Cette forme ainsi que l'humour, décliné en différents taux d'acidité selon les auteurs, et les trois chansons composées par Richard Séguin, Martin Léon et Émilie Proulx donnent à ces États-Unis vus par... des allures de cabaret ou de revue. Les comédiens Catherine de Léan, Jean-François Nadeau, Benoît Rousseau et Marie-Hélène Thibault rythment le tout avec entrain, mais cette incessante course d'un univers à un autre n'aide pas à creuser en profondeur l'interprétation et la réflexion.

François Archambault nous offre une farce adolescente sur un Batman vieillissant et alcoolique dans un pays en manque de repères. Les personnages du Vox Pop de Pierre-Yves Lemieux forment un ramassis de clichés sur nos voisins du Sud, dépeints comme des fondamentalistes chrétiens, de véreux producteurs hollywoodiens et des bigots protectionnistes et potineux. Plus nuancée, Jasmine Dubé tente de couvrir beaucoup de thèmes avec son monologue d'une jeune pompière débordée.

Michel Marc Bouchard et Catherine Léger ont pour leur part décidé de faire parler des Québécois qui s'évaluent selon une échelle américaine. Si on reconnaît les fulgurantes réparties de l'auteur des Feluettes dans l'histoire de cette famille lavalloise obsédée par son statut social, la tonalité presque bouffonne de la mise en scène de ce segment en dilue le contenu. Thibault et de Léan se distinguent dans la confrontation imaginée par Léger, une conversation entre deux soeurs qui tourne au vinaigre lorsque le cynisme de l'une tombe à bras raccourci sur les rêves un peu convenus de l'autre.

Du lot, c'est la position douce-amère de la chanteuse Émilie Proulx, dont la chanson clôt la soirée, qui reste la plus intéressante. Son rapport amour/haine avec «les États», une ambivalence qu'elle dit détester, permet au moins d'observer la médaille sous plus d'une face.