Fais comme l'oiseau

Photo: Luc Lavergne

Après trois productions de textes solides, la dynamique petite troupe Théâtre de la Banquette arrière se lance dans l'aventure toujours risquée de l'écriture. Trame entrecroisant les destins de nombreux personnages, Silence radio porte l'empreinte de la création collective. La pièce explore la dérive d'une humanité fragile, en perte de sens mais aspirée par une soif d'absolu.

Du faux médium (Mathieu Gosselin) qui se débat dans des problèmes bassement matériels à l'ex-cantatrice vivant dans les hauteurs qui pousse ses élèves à se dépasser, cette faune s'agite entre ciel et terre, entre la chute et l'élévation. Et elle habite un monde si aride que même les oiseaux y tombent de chaleur (littéralement!).

Cette mosaïque dessine surtout un tableau prenant de la solitude. Une constellation d'étoiles solitaires, en mal de connexion, cherchant un contact par l'entremise des appareils de transmission, où certains personnages n'ont pour tout compagnon que la mort ou un fantôme. On est ainsi saisi par certaines voix fortes lancées dans l'isolement de la nuit, celles d'une cosmonaute russe (Rose-Maïté Erkoreka) perdue dans l'espace et d'un animateur de radio à la poésie trash (Patrick Hivon), surgi des bas-fonds... Si le texte finit par nouer assez bien ses différents fils, les histoires et les figures esquissées ne présentent, inévitablement, pas tous le même intérêt. On y retiendra la composition touchante de Sophie Cadieux en jeune femme fragile qui s'accroche à un oiseau mort, et le pathétique paranoïaque campé par Éric Paulhus.

Autour de ce thème pas nécessairement original, il faut le dire, la mise en scène de Geoffrey Gaquère réussit à accrocher l'imagination. Dans un espace dépouillé, habité par la musique atmosphérique de Philippe B, il crée quelques images frappantes grâce à un nombre restreint d'objets. Notamment un réseau de cordes qui suggèrent d'abord des ondes radio, un filet de mailles dans lesquelles sont interconnectés les êtres, puis qui finissent par former des ailes, bientôt coupées. Symbole fort d'une humanité qui tente désespérément de s'élever au-dessus de son pauvre sort.

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Silence radio
Une création du Théâtre de la Banquette arrière. Mise en scène de Geoffrey Gaquère. À Espace libre jusqu'au 6 mars.

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Collaboratrice du Devoir