Théâtre - Gestion de projets

La comédienne, auteure et metteure en scène Marie-Josée Bastien
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir La comédienne, auteure et metteure en scène Marie-Josée Bastien

Marie-Josée Bastien adore l'autoroute 20. Celle qu'on a vue en mai dernier à Espace libre dans Transcanadienne PQ avoue qu'elle a déjà conçu au volant toute la mise en scène d'un spectacle, lors d'incessants allers-retours en voiture sur le long ruban plat. Cet hiver, elle ne regagne la Vieille Capitale qu'une fois par semaine afin d'enseigner au Conservatoire d'art dramatique.

C'est que la comédienne, auteure et metteure en scène travaille sur pas moins de quatre projets en ce moment à Montréal. On achève bien les chevaux, son adaptation du roman de Horace McCoy créée au Périscope en 2006, reprend l'affiche cette semaine au Quat'Sous; dès le 10 mars, elle rejouera à Espace libre dans L'Énéide, le très beau spectacle d'Olivier Kemeid. Sa Reine Margot, coproduction de la Bordée et du Théâtre Denise-Pelletier, effectuera sa rentrée montréalaise le 24 mars. Et comme si ce n'était pas suffisant, Bastien suit de près le laboratoire de création du spectacle Éclats et autres libertés du Théâtre Le Clou, texte qu'elle a coécrit.

Bourreau de travail, Marie-Josée Bastien? «Un peu, mais ce sont des projets tellement stimulants, avec des équipes d'enfer», plaide-t-elle pour sa défense, dans un grand éclat de rire. Il faut dire que trois des quatre spectacles constituent des reprises, qui nécessitent bien sûr de petits ajustements, mais qui possèdent déjà leur vie propre.

Danser jusqu'à l'épuisement

Bastien gardait en mémoire quelques fragments de They Shoot Horses, Don't They?, le film de Sydney Pollack qu'elle avait visionné enfant. «Avec ma compagnie, Les Enfants Terribles, on tente toujours d'établir des dialogues avec d'autres arts, explique-t-elle. Cette fois-ci, en compagnie du chorégraphe Harold Rhéaume, j'avais envie d'explorer la danse, et je revoyais dans ma tête ces images des marathons de danse du film, ces corps au bord de l'épuisement, les spectateurs qui assistent à ça.»

Après une première séance en salle de répétition, elle a abandonné son idée d'une transposition contemporaine du récit: «Aujourd'hui, avec les événements raves, les limites physiques et sociales liées à ce type de rassemblement ne sont plus du tout les mêmes.» Sa passion pour l'histoire, notamment celle de Québec et de ses habitants, l'a poussée à explorer les possibilités de planter son décor dans cette ville, à l'époque de la Crise et de la prohibition.

Bastien a donc mené de nombreuses recherches en compagnie d'un historien et a ainsi pu dessiner des personnages ayant un fort ancrage dans le réel québécois. Elle parle avec passion des ouvrières de la Dominion Corset, des ganteries et autres «factries», des veuves de guerre, de ces jeunes hommes venus de la campagne pour chercher un emploi et à qui on versait vingt «cennes» par jour pour travailler sur les grands chantiers, comme l'aménagement de la terrasse Dufferin.

«Ce qui m'intéresse beaucoup dans le théâtre, c'est de raconter la vie extraordinaire de gens ordinaires», raconte celle qui a participé, avec le Théâtre Niveau Parking, à la création du magnifique Lentement la beauté. Lors de l'écriture des Chevaux, alors qu'elle traversait une période creuse où elle doutait à la fois de ses capacités d'auteure et de la finalité de son projet, une visite impromptue l'aura remise en selle.

«Un homme a sonné à ma porte un dimanche soir alors que je sentais le désespoir monter en moi. Il m'a dit qu'il était né dans l'appartement que j'habitais, qu'il y avait vécu une partie de son enfance et qu'il aimerait jeter un coup d'oeil. Alors que je lui montre mon bureau, il me raconte qu'il a encore le souvenir vivace de la naissance de sa jeune soeur dans cette même chambre, il y a plus de 70 ans. J'étais bouleversée par ce qu'il me racontait, et cette sensation m'a confirmé que ces tranches de vie méritent d'être relatées, qu'elles ont un potentiel dramatique très fort.»

S'emparer de la scène

Et les grands personnages de l'histoire de la France mis en scène par Dumas dans son roman, les Marguerite de Valois, Catherine de Médicis et Henri IV de Navarre: des personnes ordinaires, vraiment? «Bon, d'accord, ici c'est autre chose», dit-elle en s'esclaffant, avant de préciser que c'est encore sa passion pour l'histoire qui l'a menée vers La Reine Margot. «J'aime fiévreusement ces personnages que j'entrevois comme des rock stars des temps jadis, qui tentent tous de s'emparer de la scène et du pouvoir en même temps», confie-t-elle à propos de ce projet amorcé avec les finissants 2007 du Conservatoire de Québec et repris ici avec une nouvelle distribution.

Le grand champ d'intérêt de cette habituée des créations en collectif reste l'acteur et sa capacité d'invention. «Je suis une personne rigoureuse, qui arrive toujours en répétition très préparée, mais je suis également prête à tout entendre, à tout changer.» Elle mentionne également l'importance du plaisir et du rire dans le processus de création, là où on peut et doit tout essayer, quitte à se planter. «Les comédiens des Chevaux... ont été d'une générosité et d'un engagement extraordinaires, me nourrissant de leurs propres anecdotes familiales tout au long du parcours. C'est cet heureux mélange de dépassement, d'énergie et de folie que je retrouve avec la bande de Margot et celle de L'Énéide.»

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On achève bien les chevaux

D'après le roman de Horace McCoy. Une coproduction des Enfants Terribles et du Théâtre Niveau Parking présentée au théâtre de Quat'Sous du 4 au 20 mars.

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L'Énéide

Texte et mise en scène d'Olivier Kemeid, d'après Virgile. Une production des Trois Tristes Tigres présentée à Espace libre du 10 au 20 mars.

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La Reine Margot

D'après le roman d'Alexandre Dumas père. Une coproduction du Théâtre de la Bordée et du Théâtre Denise-Pelletier, présentée au théâtre Denise-Pelletier du 24 mars au 21 avril.

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Collaborateur du Devoir