Théâtre jeunes publics - Un lumineux coup de foudre

Soudain, tout s'arrête. Tout se fige. Rien n'est plus comme avant. Comme si le monde même se déchirait tel un voile. Qu'une brèche s'ouvrait devant, là, dans cette cour de récréation alors que Jonathan et Latifa s'embrassent. Et s'embrasent littéralement transfigurés, frappés par un coup de foudre violent.

Comment raconter cela à des ados de 14 ans? Comment parler de cette fulgurance? Comment faire sentir et comment montrer ce violent arrachement de la réalité? Hum? Ce n'est déjà pas évident pour des adultes qui ne l'ont jamais vécu... alors comment s'y prendre pour que des ados «sans expérience» saisissent de quoi il est question? Pour relever ce défi considérable, le Théâtre Bluff a eu la bonne idée de faire appel à Éric Jean qui nous livre ici une de ses mises en scène les plus inspirées.

Bien appuyé par une solide équipe de jeunes comédiens — Francesca Barcenas, Christian Baril, Matthieu Girard, Talia Hallmona — et par Béatrice Picard — lumineuse en vieille dame —, Éric Jean a choisi d'inscrire bien concrètement le spectacle dans le corps de ses acteurs un peu comme il avait abordé d'ailleurs Mika l'enfant pleureur de Pascal Chevarie, le premier texte pour ados qu'il ait jamais monté, il y a quelques années.

Il a d'abord fait en sorte que l'on entende clairement le remarquable texte du dramaturge français Luc Tartar, d'une poésie et d'une justesse absolue. Il fait aussi bouger constamment ses jeunes interprètes, parfois dans de véritables chorégraphies collectives, son et lumière, mais toujours tellement vivement que jamais l'intérêt de la salle ne diminue. En jouant sur une scénographie exemplaire — Magalie Amyot a conçu un plateau presque nu et un mur-ardoise en fond de scène qui s'enrichira tout au long du spectacle —, il a aussi beaucoup travaillé l'éclairage avec Martin Sirois qui propose ici des envolées lumineuses où des lignes de couleurs sur le plateau renvoient constamment au dynamisme et à l'allant des toiles de Mondrian.

C'est tout cela, la qualité du texte comme la brillance des comédiens et de la mise en scène, qui devrait vous amener à la Maison Théâtre avec votre ado le plus tôt possible; comme solution de rechange, vous pourriez aussi contacter ce neveu ou cette nièce que vous ne voyez pas assez souvent... Vous comme eux ne le regretterez surtout pas.