Théâtre - Rêver en couleurs

C'est la métaphore proposée par Schopenhauer qui aurait inspiré le jeune dramaturge David Paquet. Ne sommes-nous pas tous des porcs-épics, dépendant de la proximité des autres pour nous réchauffer le corps, mais incapable de les serrer de trop près? La nouvelle production du PàP qui tient l'affiche à l'Espace GO révèle une écriture particulièrement mature et un univers dramatique soutenu avec cohérence par la mise en scène de Patrice Dubois.

Grâce à un humour plus acidulé que réellement acide, Paquet dépeint avec une touche de caricature notre volonté à entrer en contact avec autrui et notre difficulté à concilier nos besoins avec ceux de nos proches. Ses personnages cherchent l'amour et l'attention sans être vraiment prêts à rendre la pareille.

Tout est éclatant dans la scénographie multi-étage en technicolor que signe Nathalie Trépanier, des emballages des nombreux produits vendus au dépanneur Chez Sylvain en passant par les ballons de fête qu'a accrochés Cassandre dans son petit appartement. Dans Porc-Épic, on rêve en couleurs: Noémie veut un bébé, son conjoint Théodore voudrait retomber amoureux, la fêtée souhaiterait remplir sa maison d'amis, Sylvain aimerait savoir parler aux femmes et Suzanne se réconcilierait bien avec son corps vieillissant. Des désirs réalisables, mais nul ne sait comment s'y prendre pour les combler.

Ces personnages ont également leurs teintes propres, grâce au travail de Dubois et des interprètes Antoine Bertrand, Jean-Pascal Fournier, Marika Lhoumeau, Dominique Quesnel et Geneviève Schmidt. La distribution au diapason compose un portrait de groupe assez kitsch, ce que viennent rehausser dans le spectacle quelques touches d'un fantastique un peu grinçant, comme ce fourneau qui fournit instantanément ce qu'on lui demande. Lorsque l'anniversaire se transforme en combat de harpies, on nage presque dans du John Waters (Hairspray, Serial Mom). Une outrance qui déride, mais des personnages pour qui l'on éprouve peu de sympathie, sinon vers la fin.

Après Étienne Lepage et son Rouge-Gueule en octobre, le PàP que codirigent Dubois et Claude Poissant met sa vision et son expérience artistiques au service d'une seconde nouvelle voix cette saison. Si l'on se fie à cet échantillonnage, la causticité pourrait bien être reine sur nos scènes dans les années à venir.

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Porc-épic
Texte: David Paquet. Mise en scène: Patrice Dubois. Une production du Théâtre PàP présentée à Espace GO jusqu'au 13 mars.

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Collaborateur du Devoir