Théâtre - Un air de famille

«Je n’en aurai jamais fini avec la famille. C’est un sujet sans fond», explique Serge Boucher, qui revient au théâtre avec Excuse-moi.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir «Je n’en aurai jamais fini avec la famille. C’est un sujet sans fond», explique Serge Boucher, qui revient au théâtre avec Excuse-moi.

Huit pièces en vingt ans. Serge Boucher est un peu le Jacques Poulin du théâtre québécois: un auteur qui travaille à son rythme, creusant son sillon dramatique avec patience, talent et amour. Loin des projecteurs. Un écrivain qui sonde le coeur humain, ce chasseur solitaire, pour créer des pièces qui sont des condensés de vies; des portraits à la fois sombres et lumineux de la condition humaine.

L'oeuvre de l'auteur d'Aveux pourrait se résumer en une phrase: la quête de personnages «qui s'aiment tout croches mais qui s'aiment quand même». (Parenthèse à propos d'Aveux, cette première incursion en dehors du théâtre n'est pas «un accident de parcours». Serge Boucher planche actuellement sur un deuxième projet télévisuel... dont, hélas, il ne veut dire mot.)

En général, les personnages de Boucher font partie d'une même famille, là où l'amour n'est pas toujours inconditionnel. «Je n'en aurai jamais fini avec la famille. C'est un sujet sans fond», explique l'auteur, rencontré dans les bureaux de l'agence Goodwin, rue Sherbrooke, à quelques heures de la première d'Excuse-moi, sa nouvelle pièce créée chez Duceppe, sous la direction du fidèle René Richard Cyr.

Michel Tremblay — avec qui on le compare parfois — a peint le côté tragique de la famille québécoise. De son côté, Serge Boucher en parle comme «d'un mal nécessaire», un clan dans lequel on retrouve autant des gestes d'amour que des non-dits, des épanchements et aussi des secrets bien gardés. «Curieusement, nos proches devraient être les gens qu'on connaît le mieux au monde... Or c'est souvent le contraire, ils nous sont étrangers», remarque-t-il.

Explorer le gris de l'âme

Dans les pièces de Boucher, il y a (presque) toujours un membre de la famille en retrait, tel un observateur d'un univers étrange et familier. Dans Excuse-moi, on retrouve ce personnage, alter ego de l'auteur. Il se nomme encore François. Il est en visite chez ses parents, les Dubé de 24 poses, toujours incarnés par Louison Danis et Michel Dumont (d'ailleurs, le dramaturge avait en tête les voix de ces acteurs pendant l'écriture). Or voilà, leur fils (Benoît McGinnis, un autre fidèle du théâtre de Boucher) ne se contente plus de jouer un rôle effacé: il décide de con-fronter ses parents.

D'abord, en 1998, François critique son père, un alcoolique qui fait une rechute... deux semaines avant une importante intervention chirurgicale. Dix ans plus tard, il tiendra tête à sa mère, en la confrontant à ses souvenirs et à la déchéance qui semble poindre à la fin de sa vie.

À la fin, l'auteur expose la dynamique de ce vieux couple, basée sur la fuite du père et le déni de la mère. Une dynamique plus répandue qu'on voudrait le croire. Et pas seulement chez les vieux couples! «En écrivant, confie Serge Boucher, j'essaie de comprendre ce qui se passe à l'intérieur de cette machine belle et complexe: l'être humain. Nos vies ne sont jamais ni tout à fait noires ni tout à fait blanches. J'explore chaque fois le gris de l'âme.»

«Par exemple, poursuit-il, mon père [qui est mort deux semaines avant la première de Motel Hélène, en février 1997] ressemblait au père de François. Il était alcoolique et fuyait dans le travail. Toute sa vie, il a mis de l'argent de côté pour sa retraite. Et il est mort à 65 ans... Sans en avoir profité. Aujourd'hui, à 46 ans, je ne m'explique pas encore la tristesse de mon père...»

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Excuse-moi
Texte de Serge Boucher mis en scène par René Richard Cyr. Au théâtre Jean-Duceppe, jusqu'au 27 mars.

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Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • CEAD - Inscrit 9 mars 2010 11 h 16

    En savoir plus sur Serge Boucher

    Le Centre des auteurs dramatiques (CEAD) et Bibliothèque et Archives nationales du Québec présenteront le 5 mai à la Grande Bibliothèque, une soirée Théâtre à lire en compagnie de Serge Boucher. L'auteur s'y confiera sur son parcours et ses oeuvres. Il sera accompagné de Benoît McGinnis et Maude Guérin qui liront des extraits de ses textes. À suivre si vous souhaitez en découvrir davantage sur l'auteur et son processus de création.

    Plus d'informations seront disponibles sur www.cead.qc.ca dès le mois d' avril.