Théâtre - «American pie»

Luce Pelletier
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Luce Pelletier

De passage au journal entre un cours à l'Option théâtre de Saint-Hyacinthe et une répétition, Luce Pelletier lâche rapidement le mot: ce dernier spectacle du cycle américain de sa compagnie est un «hybride».

«Un bizarre d'hybride même puisque j'ai voulu multiplier les angles et les regards des créateurs d'ici sur les États-Unis, enchaîne-t-elle. Cela se sentira dans la forme même du spectacle, dans son rythme aussi. Au départ, cinq auteurs que j'ai voulus les plus différents possible — François Archambault, Michel Marc Bouchard, Jasmine Dubé, Catherine Léger et Pierre-Yves Lemieux — nous ont chacun proposé un court texte d'une quinzaine de minutes, pendant que trois compositeurs — Richard Séguin, Martin Léon et Émilie Proulx — écrivaient une nouvelle chanson pour la production.»

La metteure en scène expliquera aussi qu'une fois les éléments du spectacle en mains, elle n'a pas pu résister à l'envie de mêler tout cela et de tisser elle-même la trame des États-Unis vus par...

Fildeféresque

En décrivant le ton et les enjeux des textes de chacun des auteurs de cette vaste mosaïque, Luce Pelletier souligne le côté périlleux de l'aventure... qui rejoint le mandat que s'est donné l'Opsis depuis sa fondation. Pas du tout évident de lier cinq écritures aussi différentes et de greffer à l'ensemble trois chansons neuves de compositeurs connus. Mais aussi différentes soient-elles, ces huit paroles sont là pour répondre aux huit précédents regards américains sur l'Amérique et conclure ainsi l'ensemble du cycle. La proposition est formelle, risquée. Audacieuse. Et elle témoigne aussi de ce que les créateurs sont prêts à investir en travaillant avec l'Opsis.

«Je conviens du fait que c'est un peu fildeféresque, reprend Luce Pelletier. Les défis sont énormes; c'est la marque de l'Opsis... On sentira certains changements de ton d'un auteur à l'autre, mais je pense que l'unité profonde de l'ensemble de la mosaïque s'imposera. [...] C'est un état de situation qui clôt le cycle de façon ouverte.»

Sous la torture, elle avouera aussi qu'il est «difficile de quitter un cycle» qui lui aura fait signer plus de mises en scène que les précédents; puis elle se fait critique, lucide, fière aussi, parle de «signature» en regardant l'ensemble de ce cycle américain auquel succédera un prochain dont elle ne veut, évidemment, rien dire. La période qui s'annonce, avec ses recherches et ses fouilles de toutes sortes à venir, n'est surtout pas triste...

Mais notre touche-à-tout tient à souligner à larges traits sa plus grande satisfaction: celle d'avoir beaucoup plus tourné ce cycle américain un peu partout en région. D'avoir fait là des rencontres enrichissantes qui élargissent le cadre des réflexions sur le métier et qui donnent le goût de continuer pour un public renouvelé. On est toutefois encore loin d'un nouveau cycle. Et pour «clore de façon ouverte» celui-ci, aux dimensions d'un continent tout entier, reste à voir l'hybride «American pie» que nous a concoctée Luce Pelletier.

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Les États-Unis vus par...
Production du Théâtre de l'Opsis mise en scène par Luce Pelletier au théâtre Prospero du 23 février au 13 mars.