Du sang plein les mains

Jonathan Capdevielle fait preuve d’une maîtrise et d’un investissement exemplaires dans un rôle difficile.
Photo: Alain Monot Jonathan Capdevielle fait preuve d’une maîtrise et d’un investissement exemplaires dans un rôle difficile.
Dans le Texas des années 1970, le jeune homosexuel David Brooks a filmé les atrocités commises par les psychopathes Dean Corll et Wayne Henley, petit ami de David. En cette qualité de témoin et d'acteur, il restitue sur scène, sous les traits de Capdevielle, la trame de ces terribles nuits. Son médium n'est pas cinématographique mais marionnettique, et son corps devient sous nos yeux un éprouvant champ de bataille sexuel et meurtrier.

Corll, éloquent et charismatique, tenait sous sa coupe les deux jeunes hommes, usant d'eux à sa guise grâce à d'envoûtantes théories sur la possession des corps et des âmes. L'étrange chaîne que Jerk donne à voir au spectateur est celle d'un comédien interprétant Brooks qui anime une marionnette représentant Dean Corll qui, se saisissant grâce à ses bras de chiffon d'un second pantin figurant sa victime, se met à la faire parler en lui imprimant la personnalité d'une vedette de la télévision. En une formidable démonstration de théâtre pauvre, ces matriochkas démoniaques fascinent et répugnent tout à la fois.

Dans la seconde partie du spectacle, les cadavres de ses poupées à ses pieds, l'acteur change de technique et entame une seconde narration, livrée cette fois en ventriloquie. Le visage soudain aussi inanimé que celui de ses êtres miniatures, Capdevielle balaye la foule d'un regard vide alors que sortent de sa gorge les différentes voix des protagonistes de la cauchemardesque équipée. Encore une fois, ici, qui domine qui? Qui projette quoi?

Soutenu par une bande sonore dont il pourrait facilement se passer, Jonathan Capdevielle fait preuve d'une maîtrise et d'un investissement exemplaires dans ce rôle difficile. Jerk, importé d'Europe par les soins de Jack Udashkin du théâtre La Chapelle, restera gravé dans les mémoires grâce à l'alliage particulièrement percutant de son fond et de sa forme explorant à la fois les tréfonds de l'âme humaine et les ressources de l'art théâtral.

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Collaborateur du Devoir
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