Théâtre - Drôle d'oiseau

Dans la Salle intime du théâtre Prospero, il est en ce moment possible d'observer un drôle de moineau qui s'appelle Martin Boileau. Pour vous décrire le bougre, disons qu'il nous apparaît comme le fils illégitime de Sol et de Larry Tremblay qui aurait relu tout Kafka à travers des lunettes roses.

En effet, il semble s'être échappé d'une oeuvre de l'écrivain tchèque, ce personnage de Gustave K (frère de Joseph K, antihéros du Procès?) que crée Boileau. Modeste employé de bureau soumis à tous les diktats de la vie moderne, il revêt chemise et cravate comme d'autres l'uniforme de prisonnier. Son incapacité à raccorder ses désirs individuels à ce qui lui apparaît comme des obligations sociales se traduit notamment par un dérèglement du corps: au lieu de se métamorphoser en cancrelat, l'aliéné social développe ici tics et manies qui en font une figure clownesque.

C'est dans ces rapports troubles, voire schizophréniques, entre le corporel et le mental que le travail de Martin Boileau peut-être apparenté à celui de Larry Tremblay, plus particulièrement à des textes comme Le Déclic du destin et Le Problème avec moi. Le protagoniste est affligé d'un double, sorte d'ami imaginaire qui représente tout ce que le timoré Gustave K n'est pas: sûr de lui, séducteur, décontracté. Si Boileau, riche d'une formation corporelle à l'école parisienne de Jacques Lecoq, fait preuve d'une maîtrise gestuelle intéressante, certains jeux de scène, comme le fait d'incarner tous les personnages en se déplaçant rapidement dans l'espace, finissent par lasser.

Même constat du côté du texte, une dense matière empreinte d'une certaine poésie, mais dont l'essentiel du tissu est formé par des centaines de jeux de mots. Si plusieurs d'entre eux frappent joyeusement l'oreille et l'esprit — Gustave mentionne par exemple qu'il n'a pas «l'embargo du choix» —, il reste que n'est pas Marc Favreau qui veut. Ce cher Sol savait épurer, alors que l'on finit par décrocher devant la logorrhée de Boileau.

Il serait injuste de limiter le travail de Martin Boileau à la somme des parentés énumérées ici. Dans un paysage théâtral où les solos sont légion, l'artiste évite la ligne autobiographique pour proposer une démarche assez unique dont Tout à fait obsessionnel tient lieu de démonstration.

On salue le savoir-faire, mais on ne sort pas remué de cet adroit exercice de style.

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Tout à fait obsessionnel
Texte: Martin Boileau. Mise en scène: Martin Boileau et Sébastien Guindon. Une production
de Diablo Corps présentée à la Salle intime du Théâtre Prospero jusqu'au 20 février.

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Collaborateur du Devoir