Théâtre - Grunge Me

Dans sa lettre d'adieu adressée à «Boddah», un ami imaginaire qu'il s'est créé à l'enfance, Kurt Cobain écrit «qu'il vaut mieux brûler franchement que s'éteindre à petit feu». Une citation de Neil Young, reprise dans Je suis Cobain de Dany Boudreault, à l'affiche de La Petite Licorne. Comme l'annonce son titre, cette pièce est consacrée au mythe du chanteur et guitariste de Nirvana, qui s'est donné la mort en 1994, à 27 ans, rejoignant le triste groupe des musiciens célèbres et disparus à cet âge.

Le décès de Kurt Cobain est survenu après une tournée européenne interrompue par le rocker, incapable de soutenir l'attention du public et des

médias. Victime de sa popularité, en deux mots. L'auteur fait donc renaître sur scène Cobain afin qu'il «règle ses comptes avec son public». Vaste projet!

À une époque où la popularité est devenue une drogue pour le commun des mortels autant que pour les créateurs, le destin de Cobain mérite amplement une pièce. Malheureusement, le texte de Boudreault nous éclaire peu sur le mal de vivre de l'artiste. Il y a bien sûr quelques pistes: les personnages de Boddah, l'alter ego du chanteur, ou de Karine, une groupie de la génération grunge dont le vide existentiel fait écho à celui de Cobain... Mais j'avoue m'être un peu égaré dans cette histoire, et ne pas avoir bien compris les intentions de l'auteur.

Cependant, le spectacle est bien mené par cinq solides interprètes. Et aussi grâce à une mise en scène ingénieuse, parvenant à évoquer plusieurs temps et lieux, dans l'espace minuscule et, soyons franc, très ingrat de ce théâtre. Une salle finalement plus propice aux solos qu'aux pièces à plusieurs personnages.

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Je suis Cobain (peu importe)
Texte: Dany Boudreault. Mise en scène: Charles Dauphinais.
Avec Dany Boudreault, Charles Dauphinais, Marie-Ève DesRoches, Ève Landry &
Emmanuel Reichenbach.
Production: Théâtre sans domicile fixe, à La Petite Licorne, jusqu'au 2 mars à 21h.

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Collaborateur du Devoir