Théâtre - Arme de divertissement massif

Il est particulièrement réjouissant de voir l’excellente Josée Deschênes dans un rôle «sérieux». Pivot de la pièce, Mathieu Quesnel (à gauche) se révèle plus vrai que nature dans sa composition d’un personnage généralement taillé d’une pièce.
Photo: Suzane O'Neil Il est particulièrement réjouissant de voir l’excellente Josée Deschênes dans un rôle «sérieux». Pivot de la pièce, Mathieu Quesnel (à gauche) se révèle plus vrai que nature dans sa composition d’un personnage généralement taillé d’une pièce.

Avec Pierre-Michel Tremblay, on pourrait presque dire que plus le thème est grave, plus on rigole. Contre la mort, contre la maladie, et cette fois contre la guerre, l'auteur de Coma Unplugged choisit l'arme de l'humour. Son habileté d'auteur comique ressort dans Au champ de Mars, même si la pièce est centrée sur un soldat traumatisé par son expérience en Afghanistan.

Un texte souvent plus proche de la comédie de situation que du drame, qui ne pousse pas très loin la réflexion sur son thème universel. Le dramaturge y moque bien un peu la naïveté de certains militants et confronte certaines visions clichés de la guerre à la réalité brutale. Mais son humour décapant prend moins pour cible l'absurdité de la guerre que les failles de ses personnages, jouant des contrastes entre eux. Des figures typées, flirtant avec la caricature, mais bien dessinées et campées.

Autour du jeune soldat frustre, hanté par les apparitions récurrentes d'un sergent cauchemardesque (Sébastien Rajotte), s'agitent ainsi une psychologue brûlée, un professeur de clarinette et militant pacifiste intolérant (suave Justin Laramée), ainsi qu'un cinéaste populaire et superficiel (survolté David Savard) qui ne voit dans la guerre qu'une occasion de réaliser enfin un grand film...

Comme souvent dans les pièces signées par l'auteur de Quelques humains, le comique mise beaucoup sur des espèces de collision entre des univers différents, des chocs culturels. Entre ces quatre personnages «à boutte», moralement éclopés, se nouent des rapports d'aide frustrés, qui se heurtent à une incompréhension fondamentale ou au refus de communiquer, et mettent au jour un fossé culturel, langagier ou de valeurs. Une série de miniconflits à l'échelle des rapports humains.

Ce texte serré bénéficie d'une efficace mise en scène de Michel Monty, soutenue par un bon timing comique. Le spectacle roule rondement d'une scène à l'autre, d'une section de décor à l'autre. Il faut aussi noter la qualité de l'interprétation. Il est particulièrement réjouissant de voir l'excellente Josée Deschênes dans un rôle «sérieux», où elle parvient à être totalement juste et hilarante à la fois, sans forcer la note. Pivot de la pièce, Mathieu Quesnel se révèle plus vrai que nature dans sa composition d'un personnage généralement taillé d'une pièce. Sauf lors de sa grande scène dramatique, où le militaire confie la cause de son traumatisme — une révélation horrible, mais qu'on voit venir. Après l'avalanche de rires, le comédien réussit à émouvoir. Car malgré toute sa légèreté, Au champ de Mars nous rappelle cette réalité dérangeante: la souffrance de ces vétérans qui transportent toujours la guerre dans leur tête.