Théâtre jeunes publics - Terriblement tiède...

Une scène de Tante T
Photo: Martin Blache Une scène de Tante T

La question de fond est pertinente, lancinante même pour la génération des baby-boomers dont je fais partie: que fait-on fait des vieux et de leurs souvenirs? S'intègrent-ils encore à la société d'aujourd'hui? Quelle est leur place? Leurs liens avec les générations qui poussent? Que fait-on de ce qu'ils sont souvent les seuls à savoir? Hum? (Donnez deux exemples.)

C'est dire l'intérêt suscité par cette production du Petit Théâtre de Sherbrooke qui, contre vents et marées depuis près de 15 ans, a l'audace d'investir dans le «théâtre musical» avec beaucoup de succès. D'autant plus que Laurier Rajotte — c'est lui qui était le «pianiste fou» du Journal intime d'Hélène Blackburn — est un jeune musicien-compositeur bien au courant de toutes les audaces du genre depuis Mauricio Kagel jusqu'aux tentatives récentes de Laurent Dupont. Sans oublier non plus le travail admirable que poursuit Isabelle Cauchy dans une région pas particulièrement gâtée, «culturellement parlant». Avec un thème aussi actuel et une équipe aussi motivée, on pouvait donc s'attendre à quelque chose qui repousse les frontières du genre... D'où la tristesse de voir que tout cela tourne plutôt à vide, au tiède disons, malgré la bonne volonté évidente d'un peu tout le monde.

Pourquoi? Parce que l'ensemble de la production manque de tonus. Parce que la mise en scène ne réussit jamais à donner quelque profondeur que ce soit aux personnages. Parce que le texte d'Érika Tremblay-Roy est très inégal: brillant par moments quand il joue, par exemple, sur les onomatopées ou sur les assonances, et décousu, gauche chaque fois que les personnages entrent en relation... ce qui est quand même inévitable sur une scène où quatre comédiens jouent plus ou moins les pantins pendant près d'une heure. Déception aussi du côté de la musique; convenue, évidente, malgré quelques accents bizarroïdes et invitants au tout début du spectacle alors qu'elle aurait pu donner un cadre «autre» à tout cela.

Tout au long, en fait, on sent bien que la caricature mise en relief par la mise en scène est mal calibrée, trop évidente et sans véritable audace. Triste quand même de ne pas avoir fait décoller un propos si percutant... Il faudra y revenir.