Théâtre - De guerre lasse

L'intention était bonne, le sujet actuel, voire prometteur, mais son traitement est si confus et risible que l'auteure tombe dans le gouffre qu'elle voulait dénoncer. Pour son premier texte qu'elle dirige elle-même, Mariflore Véronneau se penche donc sur un sujet universel et, hélas, intemporel: la guerre. Principalement, la couverture médiatique sensationnaliste des correspondants de guerre à la télévision. Et, en parallèle, notre réaction passive et ambiguë devant ce voyeurisme du petit écran.

L'information spectacle, donc, à l'heure où les Anderson Cooper, Céline Galipeau et autres grands reporters sont aux premières loges des conflits et nous rapportent, dans le confort de nos foyers, l'horreur humaine dans le monde.

Or, au bout de 15 minutes d'Abyme, on comprend que l'on n'est pas devant une pièce... mais un essai maladroit, répétitif et terriblement naïf sur le cercle vicieux de la violence et de la haine. Il y a tellement de clichés, de réflexions bidon et d'invraisemblances dans cette pièce «pleine de questions», que cela devient vite un pensum pour le spectateur.

Par exemple Jean, un des soldats «étrangers» survivants d'un bombardement parle avec un gros accent québécois. Il est incapable de communiquer en français avec la journaliste québécoise venue «l'interviewer» avec son caméraman invisible dans les tranchées, au milieu des cadavres et des tirs. Pour se faire comprendre, il baragouine un peu d'anglais. On apprend alors que sa femme se prénomme Sarah, tout comme la fille de la journaliste! Mais ce Jean marié à Sarah qui ne parle ni français ni anglais, de quelle nationalité est-il? Un Na'vi de Pandora?! L'auteure a sans doute voulu garder le mystère...

Seule note positive: le jeu convaincant de Guillaume Cyr, dans la peau de Jean, qui est immobile tout au long de la pièce: le soldat est assis sur une mine antipersonnel et ne peut pas bouger d'un iota (oui, oui, la Barbara Walters d'Abyme décide de l'interviewer dans cette fâcheuse posture, idéale pour une entrevue human)! Le jeune Cyr arrive à nous transmettre un peu d'émotion et de vérité dans un spectacle qui en manque cruellement.

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Collaborateur du Devoir