Kerouac, Tremblay: même combat!

«Le texte est construit de telle façon que nous plongeons vraiment dans l’univers de ces deux auteurs immenses.»
Photo: Illustration: Christian Tiffet «Le texte est construit de telle façon que nous plongeons vraiment dans l’univers de ces deux auteurs immenses.»

Quelle idée géniale que de faire se rencontrer Jean-Louis Jack Kerouac et Michel Tremblay! Surtout depuis que Le Devoir a révélé que «ti-Jean», comme se nommait lui-même le père de la Beat Generatio», a d'abord écrit en français. Surtout aussi que Tremblay habite les keys floridiens depuis des décennies et que la rencontre entre les deux hommes aurait pu se produire en 1969, tout de suite après le succès des Belles-soeurs et quelque temps avant la mort de Kerouac — il aurait eu 47 ans et Tremblay, 27. Surtout encore que les deux écrivains partagent des attirances, comme la musique, et des racines communes qui fondent la puissance de leur oeuvre respective.

Des géants

Étonnant quand même qu'il faille un Anglo d'ici pour se rendre compte de l'énorme potentiel de la rencontre. Quand on fouille un peu, on découvre que George Rideout, l'auteur de ce Michel & ti-Jean qui prend l'affiche du Centaur mardi, est fasciné depuis longtemps par le mélange des cultures dans lequel nous baignons ici. C'est un peu pour cela d'ailleurs que le dramaturge d'origine américaine — il a écrit une dizaine de pièces, dont An Anglophone Is Coming to Dinner — s'est installé dans la région de Sherbrooke. Dès qu'il a eu terminé le manuscrit de son Michel & ti-Jean, il l'a fait parvenir directement à... Michel Tremblay. Tout est parti de là.

Tremblay a trouvé la chose si intéressante qu'il a tout de suite contacté Roy Surette, le directeur artistique du Centaur Theatre, pour lui recommander très chaudement le texte de Rideout. Surette est tombé sous le charme lui aussi et a tout de suite demandé à Sarah Garton Stanley — la metteure en scène du très solide Forever Yours, Marie-Lou, présenté au Centaur il y a deux ans — de monter le spectacle. Le voici. Et la voici elle, qui explique cette réaction en chaîne, en compagnie de Vincent Hoss-Desmarais qui joue, on le devine tout de suite en le voyant, le rôle de Michel Tremblay dans la production.

Sarah Garton Stanley parle du texte de George Rideout avec passion. «C'est une pièce qui met en scène deux géants. Deux hommes qui ont changé absolument la face de la culture: Tremblay ici et Kerouac aux États-Unis et un peu partout sur la planète littérature. Tous deux, ils ont littéralement transformé le rapport que leurs contemporains entretenaient jusque-là avec la culture et ils ont écrit deux oeuvres considérables...»

La metteure en scène soutient que la pièce prend un sens très particulier ici, où les deux écrivains sont bien connus... «Ici, le spectateur joue, je crois, un rôle énorme, qu'il ne peut jouer nulle part ailleurs. C'est encore plus vrai pour les Montréalais, qui connaissent bien Tremblay et Kerouac et qui savent qu'ils illustrent deux aspects très marqués, et universels finalement, de la société québécoise.»

La mouvance Tremblay

Tout un contrat, non, d'être Michel Tremblay?

«Oui, évidemment, répond lentement Vincent Hoss-Desmarais. C'est un honneur de jouer un tel personnage, surtout qu'il est encore très vivant, merci. C'est un véritable défi, oui... Mais c'est absolument passionnant de se mettre dans la peau d'un homme qui a transformé autant le rapport à la culture et à l'écriture. D'autant plus que le texte est construit de telle façon que nous plongeons vraiment dans l'univers de ces deux auteurs immenses. C'est une expérience exceptionnelle pour moi.»

Le jeune comédien a déjà une feuille de route peu courante. On l'a vu jouer en français au cinéma et dans des séries télévisées — il est maître de piste avec Eloize aussi! — alors qu'il a fait sa place au théâtre surtout en anglais en jouant chez InfiniThéâtre et au Centaur à quelques reprises. Mais le plus intéressant, c'est que le jeune homme est un ancien avocat — il a plaidé jusqu'en 2003! — revenu à cette passion pour le théâtre qu'il a vue s'affirmer au cégep. Il a plongé et peu à peu fait sa place en passant depuis d'un plateau et d'une langue à l'autre.

Il décrit cette rencontre entre Kerouac et Tremblay comme une lente immersion dans l'univers de deux hommes prenant peu à peu conscience de leur héritage commun; un héritage où il est beaucoup question de langue et de bondieuseries plus que de religion. Ces deux hommes affirment, constamment, leur passion pour l'écriture. Celle des mots aussi, issue au moins un peu du même métier qu'exerçaient leurs pères qu'ils ont, tous deux, vu revenir de l'imprimerie sentant l'encre et le plomb fondu. Au moment de la rencontre, Kerouac n'en a que pour quelques semaines à vivre alors que Tremblay est à l'aube de son oeuvre; il n'a pas encore 30 ans et une sorte de conflit-tension prendra naissance entre eux, mettant en relief la solitude du monde dans lequel ils vivent...

Sarah Garton Stanley poursuit: «Cette solitude s'estompera un peu grâce à la rencontre. Une rencontre sans compromis où l'on a parfois l'impression d'être assis autour d'une arène où les échanges sont rudes. D'être au coeur d'une relation maître-élève qui alterne de l'un à l'autre alors que chacun communique ce qui lui est essentiel. Mais à la fin, cela débouche sur une sorte de soulagement. Sur un espoir plutôt, qui tient à la force de la vie intérieure de ces deux hommes qui donneront naissance à des oeuvres majeures.»

Ajoutons que Kerouac sera interprété par Alain Goulem, un comédien que l'on connaît déjà puisqu'il était Léopold dans la Marie-Lou du Centaur dont on vous parlait plus haut. Une histoire de famille élargie, quoi...

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Michel & ti-Jean
Texte de George Rideout mis en scène par Sarah Garton Stanley. Une production du Centaur Theatre à l'affiche du 2 février au 7 mars.
4 commentaires
  • Henry Fleury - Inscrit 1 février 2010 06 h 12

    À la Distasio

    Je n'ai rien contre Michel Tremblay, au contraire, c'est un grand écrivain, mais de là à l'imaginer prendre un verre avec Kerouac, il y a loin de la coupe aux lèvres. Le bum de Lowell et la matante du Plateau en train de se caler des shooters dans une taverne de Floride ? Wow ! Il n'y a pas de personnages plus éloignés que ces deux-là. Juste une bonne recette... mais un peu forte en ketchup !

  • J.A. Michel BORNAIS - Inscrit 8 février 2010 12 h 20

    TREMBLAY ET KEROUAC AUX ANTIPODES...

    Québec
    Le 8 février 2010

    Étant membre de l'Association des familles Kirouac, je présente depuis 2003 une conférence intitulée "Jack Kerouac... Le mal-aimé", regard intimiste et sans complaisance, sur les relations familiales de Jean-Louis Kirouac, "le bum de Lowell", aucun problème avec ça.

    La dernière fois, Richard Séguin était dans l'auditoire et il a avoué en avoir découvert tout un bout de L'AUTRE ROUTE. Le hasard a voulu que ce 5 juin 2009 soit l'anniversaire du décès en 1996, de la fille unique et légitime de Janet (Jan) Michelle Kerouac, celle qui a été répudiée par son père et déshéritée par un faux testament. Ce qu'un juge de Floride a fini par reconnaître en juillet 2009, mettant un terme à la poursuite intentée par Jan en 1994.

    Qui connait cette Jan Kerouac, notre "PRINCESSE DES BEATS" qui a déclaré avoir découvert sa vraie famille lors d'une rencontre avec des membres de l'association des familles Kirouac à Québec? Surtout, pourquoi et qui tenait tellement à la faire disparaitre à jamais du paysage kérouacien depuis une quinzaine d'années?

    J'ai manqué la première de Michel et ti-Jean, mais je compte bien me reprendre. Quant à situer Kerouac et Tremblay aux antipodes, ça me fait penser à la négation de l'univers courbe d'Einstein. Ça dépendrait du point où se situe l'observateur.

    J.A. Michel Bornais

  • J.A. Michel BORNAIS - Inscrit 8 février 2010 15 h 02

    TREMBLAY ET KEROUAC AUX ANTIPODES... (corrigé)

    Québec
    Le 8 février 2010

    Étant membre de l'Association des familles Kirouac, je présente depuis 2003 une conférence intitulée "Jack Kerouac... Le mal-aimé", regard intimiste et sans complaisance, sur les relations familiales de Jean-Louis Kirouac, "le bum de Lowell", aucun problème avec ça.

    La dernière fois, Richard Séguin était dans l'auditoire et il a avoué en avoir découvert tout un bout de L'AUTRE ROUTE. Le hasard a voulu que ce 5 juin 2009 soit l'anniversaire du décès en 1996, de la fille unique et légitime de JACK, Janet (Jan) Michelle Kerouac, celle qui a été répudiée par son père et déshéritée par un faux testament. Ce qu'un juge de Floride a fini par reconnaître en juillet 2009, mettant un terme à la poursuite intentée par Jan en 1994.

    Qui connait cette Jan Kerouac, notre "PRINCESSE DES BEATS" qui a déclaré avoir découvert sa vraie famille lors d'une rencontre avec des membres de l'association des familles Kirouac à Québec? Surtout, pourquoi et qui tenait tellement à la faire disparaitre à jamais du paysage kérouacien depuis une quinzaine d'années?

    J'ai manqué la première de Michel et ti-Jean, mais je compte bien me reprendre. Quant à situer Kerouac et Tremblay aux antipodes, ça me fait penser à la négation de l'univers courbe d'Einstein. Ça dépendrait du point où se situe l'observateur.

    J.A. Michel Bornais