Anniversaire du Théâtre Espace GO - Pol Pelletier lance une guerre des dates

 «On n’avance pas, on régresse!», lance Pol Pelletier en parlant de la dernière pièce à l’affiche du Théâtre Espace Go, Sextett.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «On n’avance pas, on régresse!», lance Pol Pelletier en parlant de la dernière pièce à l’affiche du Théâtre Espace Go, Sextett.

Trente ou vingt ans? Telle est la question à l'origine d'un débat qui secoue le milieu du théâtre depuis que la comédienne Pol Pelletier s'est payé, samedi, une demi-page de publicité dans Le Devoir. Elle y dénonce «l'une des grandes fraudes intellectuelles de notre temps»: le «mensonge» du Théâtre Espace Go qui affirme avoir été fondé en 1979, alors que «le Théâtre des femmes est mort en 1990»... Selon Pol Pelletier, cela lui donnerait plutôt 20 ans!

Jointe hier au téléphone, Pol Pelletier en rajoute: «Beaucoup de choses fausses circulent. On essaie de cacher le passé, de le récupérer. J'en ai fait mon cheval de bataille depuis des années. Ginette Noiseux devrait avoir l'honnêteté intellectuelle de reconnaître que l'Espace Go a changé, d'assumer les choix de son théâtre, car sa vision ne correspond plus aux idées des fondatrices. Depuis qu'elle dirige Espace Go, on a complètement évacué la pensée à l'origine du Théâtre expérimental des femmes [TEF].»

Mme Pelletier affirme que le TEF faisait du théâtre «poétique, politique et populai-re», alors qu'aujourd'hui, il produit un art rompu «au marketing», qui ressemble à ce qui se fait ailleurs. La créatrice de Joie et d'Océan estime aussi que les directrices artistiques d'autres théâtres institutionnels (les Pintal, Filiatrault et Fortin) «veulent prouver aux hommes qu'elles sont capables de faire aussi bien qu'eux, voire mieux». Alors, elles programment «du Shakespeare, du Koltès, du Beckett ou du Tremblay» et délaissent la parole au féminin: «La production à l'affiche d'Espace Go, Sextett, nous montre des personnages féminins de chienne lubrique et de putain gonflée au latex. C'est humiliant et dégradant pour les femmes d'ici. Je suis horrifiée. On n'avance pas, on régresse!», lance Pol Pelletier.

Regarder vers l'avant

«Ce que j'ai fait de cette compagnie n'est pas le projet de Pol Pelletier, mais c'est un projet vivant pour un public de libres penseurs et de libres penseuses», répond Ginette Noiseux. Elle souligne au passage qu'il est «toujours plus facile de dire que de faire». «Pour les 25 ans de GO, nous sommes retournés dans l'histoire de la compagnie. Pour le 30e, je voulais regarder vers l'avenir, sans être en négation avec le passé. Je ne renierai jamais l'héritage que Pol et les autres créatrices m'ont laissé. Pol est ma mère spirituelle, avec Louise Laprade [l'une des fondatrices du TEF] et Mercedes Palomino [qui a fondé le Rideau Vert]. Je suis fière du travail de ces trois femmes! Et je veux transmettre cette fierté aux jeunes filles d'aujourd'hui.»

À l'occasion du 25e d'Espace Go, Pol Pelletier avait pourtant participé aux festivités en présentant Nicole, c'est moi..., un spectacle solo qui lui donnait l'occasion de faire un bilan sur «la place du féminin dans le monde». «Je fais ce spectacle parce qu'on m'a invitée à le faire. Il a été élaboré sans subventions. C'est une production Pelletier-Pedneault-Espace Go, et j'en suis fière», disait la comédienne en novembre 2004.

Cinq ans plus tard, Pol Pelletier nie avoir collaboré aux 25 ans. Elle rétorque que si la regrettée Hélène Pedneault n'avait pas joué le rôle de médiatrice, jamais elle ne serait remontée sur la scène d'Espace Go.

Pour le 20e anniversaire, Pol Pelletier avait aussi dénoncé l'institution en leur envoyant une lettre incendiaire. Ce qui lui avait valu une «réponse laconique» de la directrice du conseil d'administration de l'époque, Louise Beaudoin. «À l'instar des hommes de pouvoir, ces femmes manient très bien la langue de bois», tranche l'actrice qui affirme être très «sereine» et pas du tout amère ni nostalgique.

«Pol est un personnage peu banal, explique Ginette Noiseux. Elle me fait rire. Et je l'aime. Je le dis sans mesquinerie. Certes, comme carte de fête, c'est un peu spécial. Mais elle vient de me rajeunir de dix ans. C'est flatteur!»

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Collaborateur du Devoir
2 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 18 janvier 2010 09 h 48

    En direct du parterre

    Premièrement, en réduisant par son titre ce débat à "une guerre des dates", on devine un peu (trop) à quelle enseigne le journaliste loge et on pense d'abord qu'il s'agit d'une banale guerre des dates comme celle des festivals d'été l'an dernier. Vu de l'extérieur du milieu théâtral, cela ressemble plutôt à du crêpage de chignons en vase clos entre gens à qui semble appartenir le monde du théâtre. Spontanément, j'aurais envie de leur dire de s'ouvrir à d'autres milieux, de redonner le théâtre au monde, de ne pas restreindre pour s'inspirer la réflexion sur la réalité des femmes aux détenteurs-trices de diplômes de l'École nationale de théâtre! Mais après tout, ce n'est pas mes oignons...

  • Stéphane Laporte - Abonné 18 janvier 2010 14 h 01

    ouf!

    Je pense que le dernier commentaire de Noiseux est méprisant! Non l'espace Go n'est plus, depuis longtemps, un théâtre a vocation particulière, il n'est qu'un théâtre comme les autres, c'est la réalité.