Théâtre - Une étoile est née

Simon Boulerice dans Simon a toujours aimé danser, présenté à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui
Photo: Carolyne Scenna Simon Boulerice dans Simon a toujours aimé danser, présenté à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui

À New York et à Londres, des milliers de gens paient des centaines de dollars pour dénicher une place pour le musical Billy Elliot. À Montréal, pour le dixième du prix, vous pouvez voir dans une salle de 75 places une histoire semblable à celle du film et de la comédie musicale à succès. Sans la musique d'Elton John, les changements de décor ni la troupe de 50 interprètes. Pour la bonne raison qu'il s'agit d'un spectacle solo! Mais avec autant de grâce, de beauté et d'émotion.

Écrit, joué et produit par Simon Boulerice, Simon a toujours aimé danser raconte l'histoire d'un enfant sensible, charismatique et différent des autres qui, grâce à la musique et à la danse, trouvera le moyen d'échapper au mépris et à la solitude. C'est l'histoire unique et universelle d'un être qui tente de trouver sa place dans un monde beau et terrifiant. Et puis, après l'avoir trouvée, de son désir de nous donner la clé pour y arriver.

Sur le chemin de la «fausse vie» du jeune Simon, il y aura de belles rencontres: Mozart, la Callas, Cocteau et... Whitney Houston! Car la voix dramatique et stimulante de la chanteuse américaine sera toujours là. Dans les joies, comme dans les peines.

Dans une mise en scène simple, efficace et ludique, le comédien joue, danse et raconte cette histoire avec assurance. En pyjama, en simple slip ou vêtu en joueur de hockey (ses parents poussent Simon enfant vers ce sport pour l'éloigner de la danse, et le hockey est une métaphore dans le spectacle), Simon Boulerice nous entraîne dès la première scène dans son univers enchanté. Aussi à l'aise dans la danse que dans le burlesque (il exécute des numéros de lypsynch dignes du Cabaret Mado!), il est aussi capable de nous faire pleurer en livrant un beau poème d'amour à un amant descendu du Ciel.

Mais le plus étonnant, c'est que cet artiste de 27 ans, déjà très productif, semble exceller dans tout ce qu'il touche. Il se dégage chez lui, en plus de son charisme, de son humour et de sa culture, un tempérament d'artiste; cette juste proportion, cet équilibre dans le dosage du réel et de la représentation, du vécu et du sublime, du commun et du sacré. Un talent pour sublimer la banalité des choses.

C'est mon premier coup de coeur de la décennie. Et un gros! Est-ce que ce jeune auteur s'éloignera de l'autofiction théâtrale, afin de créer une oeuvre plus large et plus complexe? Je l'ignore. Mais une chose est sûre: je vais suivre sa carrière avec attention.

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Collaborateur du Devoir