Théâtre - Beauté baroque

Avec son corps massif, velu, sculptural, Gaétan Nadeau ressemble à un gladiateur romain. Mais lorsque le viril interprète s'avance en slip ajusté, pour exécuter des pas de ballerine sur une musique de Bach, on dirait un enfant qui s'amuse! Entre ces deux images de Personal Jesus, son spectacle solo créé mardi au théâtre La Chapelle, on assiste au parcours intime et artistique d'un créateur audacieux et impudique.

Pas dans le sens moral: son impudeur est théâtrale. Personal Jesus repousse constamment les frontières du pur et de l'impur, du banal et du mystique, du trivial et du sacré. Dommage que le spectacle ne soit pas à la hauteur du propos de l'auteur...

Outre les pépins d'une première, la mise en scène, à mon avis, manque de rythme et de fluidité. Il y a trop de narration et pas assez d'évocation. De plus, Nadeau — un danseur de talent — est souvent immobile, ou debout à réciter son texte. Ça prend bien une metteure en scène de l'avant-garde de la danse montréalaise pour faire bouger si peu un bon danseur!

Profitant d'un séjour de six mois au Studio du Québec à Rome, en 2008, Gaétan Nadeau a créé une sorte de carnet de voyage en mots et en images; des fragments intimes, des réflexions spirituelles et esthétiques. On est loin des cartes postales romaines.

D'abord, il met en scène son plaisir à demeurer oisif, couché en peignoir sur son récamier, quitte à passer à côté d'antiques merveilles. Puis, la lecture de la biographie de Pasolini lui ouvre les portes de Rome et de ses muses. Son séjour se transforme en «rebirth dans le berceau de la civilisation occidentale». Il évoque, entre autres, son enfance à Neuville, l'éveil du désir homosexuel, la vision écologique de Yourcenar, sa curiosité pour les émissions féminines à la télévision, dont une consacrée à la couture!

Plus loin, on constate la dévotion religieuse de sa mère, dont Nadeau semble avoir hérité du tempérament théâtral. Il la confronte presque avec sa caméra, la filmant en train de regarder Le Jour du Seigneur. On comprend le mysticisme sensuel des tableaux de Personal Jesus, comme cette sainte Thérèse en extase. Ou encore la fascination de Nadeau devant la fraternité de jeunes prêtres croisés au Vatican. Mais il ne va pas plus loin, nous laissant un peu en panne de sens.

Le spectacle offre des pistes intéressantes. Mais dans son état actuel, il s'apparente à un work in progress. Avec plus de moyens (Nadeau fait tout seul!), quelques retouches et coupures, cet objet théâtral singulier est promis à un bel avenir.

Pour l'instant, ce «chapelet de petites et grandes blessures, meurtrissures de l'âme», est une oeuvre baroque pleine de promesses. Mais inachevée.

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Collaborateur du Devoir

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