Théâtre - Un réveillon en demi-teinte

Julie Carrier-Prévost met le feu aux poudres. Toute de paillettes vêtue dans Gloria, de Simon Boulerice, elle incarne une patineuse artistique autodidacte...
Photo: Yvan Bienvenue Julie Carrier-Prévost met le feu aux poudres. Toute de paillettes vêtue dans Gloria, de Simon Boulerice, elle incarne une patineuse artistique autodidacte...

Décembre ramène la neige et, immanquablement, les Contes urbains à la Licorne. L'édition 2009, 15e du genre pour le Théâtre Urbi et Orbi et l'auteur Yvan Bienvenue, réserve quelques bonnes surprises, mais s'avère étrangement construite en plus de révéler un peu les limites du genre.

L'erreur de construction vient du choix de Bienvenue d'offrir en ouverture les deux contes, sur un total de sept, qui sont peut-être les plus lourds dans le ton comme dans le contenu. Des entrées un peu trop costaudes qui annoncent mal les services plus légers qui suivent et qui auraient eu avantage à être séparées afin de créer un peu plus de variété dans la présentation.

Si Body Bags, conté par le comédien Dave Jenniss, semble contenir une charge contre le sort réservé aux Premières Nations par nos gouvernements, l'écriture comme le jeu maintiennent une ambiguïté qui nous empêche de bien saisir le propos. Caroline Tanguay offre ensuite une performance louable sur un texte de Fabien Cloutier, l'homme derrière Scotstown, mais la triste histoire d'une jeune femme qui se remet d'un avortement vient plomber davantage une atmosphère déjà lugubre.

Joli glissement entre les mains de la comédienne Francesca Barcenas qui rend avec beaucoup d'aplomb un étrange récit de réveillon qui baigne presque dans l'onirique et dans lequel l'auteur, André Marois, balance bien humour et suspense. Clôturant la première partie du spectacle, Julie Carrier-Prévost, l'hilarante «bonne actrice» de La Pornographie des âmes de Dave St-Pierre, met le feu aux poudres. Toute de paillettes vêtue dans Gloria, de Simon Boulerice, elle incarne une patineuse artistique autodidacte (ça commence bien) et offre un cadeau empoisonné aux habitants de Pointe-Saint-Charles réunis à l'aréna pour la crèche de Noël sur glace.

Jean-Philippe Baril-Guérard, un nouveau venu, fait preuve de prestance dans son jeu, même si son écriture suit un peu trop à la lettre le petit manuel du parfait conte urbain, hémoglobine et comparaisons choquantes à l'appui. Il est suivi par Paul-Patrick Charbonneau, qui offre sans aucun doute le conte le plus solide de la soirée. L'acteur est alerte, complètement à l'écoute de son public, il fait preuve de belles nuances et rend bien la drôlerie et la tendresse du Bébé Love de l'auteur Justin Laramée. L'épilogue signé Bienvenue, assez délicieux, s'avère bien servi par Guy Vaillancourt, attachant et plein d'entrain.

Cette année, le guitariste Éric Asswad a invité le trompettiste Charles Imbeau afin de rythmer en duo cette soirée. Trop souvent relayée à une fonction d'intermède lors des dernières éditions, la musique soutient cette fois-ci davantage la «conterie», et le résultat est plutôt probant.

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Collaborateur du Devoir