Théâtre - Derrière l'image

Créée à Paris en 2008, la pièce du Français Yonnick Flot était à l'origine un monologue. La version du metteur en scène Miguel Doucet démultiplie l'actrice américaine en trois figures, ce qui a probablement pour effet de dynamiser le spectacle et d'accentuer le mal identitaire qui est en son coeur. Même si ce dédoublement rend par ailleurs peut-être moins fluide, crédible la transition finale. Car en plus de la Norma Jean qui rêve de théâtre (Maryève Alary), de la star en pleine gloire (Marie Eve Tardy) et de la Marilyn dépressive (Pénélope Jolicoeur, qui rend bien l'espèce d'innocence vulnérable de la vedette), il pourrait bien y avoir sur scène un quatrième personnage, qui les contient toutes: une jeune Québécoise amnésique, internée dans un hôpital psychiatrique, où elle se réveille en pensant être son idole.

Balançant entre l'espoir, l'illusion et la douloureuse réalité, Je m'appelle Marilyn présente un caractère un peu anecdotique, le texte puisant abondamment dans la vie et la carrière de la star. À tour de rôle ou en choeur, les comédiennes rappellent les triomphes et déceptions de cette orpheline mal-aimée, impuissante à échapper à son enfance, les frustrations d'une femme qui aurait voulu être respectée comme artiste. Le tout est traité avec assez de légèreté malgré la gravité du sujet.

Le revirement dramatique jure d'ailleurs un peu avec le ton ludique amené par la mise en scène à la sauce hollywoodienne. Doucet fait parader ses interprètes dans diverses toilettes flamboyantes et tire profit assez habilement du seul élément de décor, un lit. Le spectacle est aussi entrecoupé de quelques numéros musicaux reproduisant les chansons des films de Marilyn (dont une adaptation ironique qui substitue les pilules aux diamants en tant que «meilleurs amis d'une fille»). Des intermèdes généralement chantés avec plus d'enthousiasme que de voix, mais qui apportent une divertissante couleur fantasmatique à cette plongée dans la folie.


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