Théâtre - Pain blanc

Sans être polémique, l’histoire d’Henri (Michel Dumont) et Anne-Marie Simard (Pauline Martin) touche à de nombreuses questions sociales d’actualité.
Photo: François Brunelle Sans être polémique, l’histoire d’Henri (Michel Dumont) et Anne-Marie Simard (Pauline Martin) touche à de nombreuses questions sociales d’actualité.

Plus d'une fois dans Une maison face au Nord, les personnages masculins, assis autour de l'éternel sac à lunch du bon travailleur et le sandwich aux cretons à la main, avouent leur amour pour la blanche beurrée au gris-brun pâté. C'est un peu ce qu'on nous sert en ce moment sur la scène de la Compagnie Jean Duceppe: un texte réaliste, réconfortant et pas trop piquant servi entre les deux tranches très homogènes chères à la compagnie: humour et émotion.

Deuxième production de cette saison toute québécoise chez Duceppe, la pièce de Jean-Rock Gaudreault nous fait passer quelques mois dans la vie d'Henri et Anne-Marie Simard, couple de sexagénaires de Chicoutimi dont les grands enfants, matérialistes au possible, ont quitté le nid depuis longtemps. Le petit entrepreneur en construction (Michel Dumont), un brin taciturne, s'approche de la retraite, alors que son épouse s'occupe de la maison et tient les finances de la compagnie. Henri, qui vient d'engager un ouvrier guatémaltèque (Marcelo Arroyo), se lie également d'amitié avec un voisin d'origine albertaine (Harry Standjofski).


Thèmes multiples

Gaudreault, auteur de beaux textes pour le jeune public comme Mathieu trop court, François trop long ou La Migration des oiseaux invisibles, se sert de cette fable pour embrasser très large sur le plan thématique: vieillissement de la population, exode rural, ingratitude des jeunes générations envers leurs aînés, la question nationaliste, le racisme, les fraudes financières et tutti quanti. Imaginons Les Invasions barbares sans la griffe polémiste de Denys Arcand. Une maison face au nord, oeuvre de jeunesse de l'auteur récemment «redécouverte» et montée pour la deuxième fois en moins d'un an au Québec, ne bénéficie pas non plus d'un fin pinceau de miniaturiste de la trempe de Serge Boucher, si apte à dépeindre, dans la même veine réaliste, le social dans l'intime.

La mise en scène de Monique Duceppe colle au texte de très près, offrant peu d'aspérités entre le propos et l'esthétique; avouons que la pièce de Gaudreault, qui contient plusieurs bons passages mais qui rappelle l'écriture téléromanesque, offrait peu de possibilités en ce sens. Seule exception, assez catastrophique d'ailleurs, ces énormes blocs blancs sensés représenter une colline, refuge d'Henri, qui évoquent davantage un iceberg et dont le contraste avec la cuisine complète avec évier et cafetière propose une métaphore bien primaire de la dialectique quotidien/imaginaire.

Impossible dans ce contexte de jeter la pierre aux comédiens, qui s'acquittent dans l'ensemble fort bien de leur tâche en se maintenant sur le seul axe d'interprétation qu'on leur permet d'exploiter, c'est-à-dire de passer du rire aux larmes. Pauline Martin, chancelante sur cette même scène il y a deux ans dans La Casta Flore, offre ici une composition émouvante et domine avec aplomb le deuxième acte, au cours duquel Anne-Marie règle ses comptes avec son entourage. Voilà qui vient mettre un peu de fibres dans une fournée théâtrale sinon bien blanche.

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Une maison face au nord

Texte: Jean-Rock Gaudreault. Mise en scène: Monique Duceppe. Une production de la Compagnie Jean Duceppe présentée au Théâtre Jean-Duceppe de la Place des Arts jusqu'au 5 décembre.

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Collaborateur du Devoir

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