Théâtre - Série B

La comédienne Katia Lewkowicz et un de ses deux comparses dans No Way, Veronica!
Photo: Arthur Pequin La comédienne Katia Lewkowicz et un de ses deux comparses dans No Way, Veronica!

La prémisse avait de quoi séduire: un scénario cinématographique de série B présenté sur scène par trois acteurs-bruiteurs en quête d'un théâtre « sonique », selon l'expression du metteur en scène français Jean Boillot. La proposition de la compagnie française La Spirale de conjuguer au moment présent le concert pop, le cinéma-culte et le théâtre apparaît à la fois fort ludique et expérimentale. Pourtant, au bout d'une heure de performance, suivie d'un rappel (!), force est de constater que cet ovni présenté à La Chapelle ne s'élève pas bien haut.

Le scénario-partition de l'Argentin Armando Llamas s'inspire en grande partie du chef-d'oeuvre du film de genre que constitue The Thing (1982), de John Carpenter. En Antarctique, une équipe de scientifiques combat un extraterrestre meurtrier et polymorphe, ici remplacé par la Veronica du titre, jouée par Gina Lollobrigida, elle-même interprétée dans le spectacle par la comédienne Katia Lewkowicz, qui incarne également tous les autres personnages de l'histoire... Suivez-vous toujours?

Ironiquement, le film de Carpenter est notamment reconnu pour ses effets visuels exceptionnels. Ici peu est donné à l'oeil, sinon l'actrice et ses deux comparses tous vêtus de blanc et entourés de leur matériel: synthétiseur, micros, pédales d'effet. Tout ce qu'on ne peut pas montrer passe par le son, de l'hélicoptère aux bourrasques de vent en passant par le lance-flamme et les cris d'animaux.

Si Jean-Christophe Quenon, l'hilarant narrateur et claviériste, tire de son instrument des sonorités que ne renierait pas un John Carpenter qui compose régulièrement ses propres trames sonores, l'ensemble du travail de bruitage et de voix s'avère étrangement plat, et parfois cacophonique. Quand on a vu ce que les bruiteurs du Paradixxx d'Olivier Choinière, présenté à Montréal l'hiver dernier, pouvaient tirer d'un matériel beaucoup plus rudimentaire, ou quand on pense aux prodiges produits par certains artistes hip-hop qui font du beat-box humain, la recherche effectuée ici apparaît comme peu étoffée.

Une virtuosité dans la forme aurait possiblement offert un amusant et pertinent contrepoids au texte et au jeu des comédiens, qui sont volontairement ringards et parodiques. Le ton est celui du mauvais doublage en français, et outre Lollobrigida, la « distribution » comprend également James Mason, Peter Falk, E.T. l'extraterrestre et plusieurs autres icônes hollywoodiennes. Un début de critique de la misogynie est rapidement évacué au profit de gags qui, peut-être en raison d'un contexte culturel différent, ne semblent pas trouver leurs cibles chez le public.

On ne peut qu'être reconnaissant envers Jack Udashkin, directeur artistique de La Chapelle, qui reste l'un des seuls importateurs de spectacles théâtraux étrangers hors festival à Montréal. S'il décidait de programmer Veronica Strikes Back, peut-être que cette suite annoncée du présent opus de La Spirale saurait nous convaincre davantage de la possible postérité du théâtre « sonique ».


Collaborateur du Devoir