Théâtre - Époque épique

Dans son mot au programme, la metteure en scène Luce Pelletier affirme avoir «proposé un projet démesuré» aux étudiants finissants de l'Option-théâtre du cégep de Saint-Hyacinthe (cuvée 2008). En effet, cette pièce épique de Bertolt Brecht n'est pas l'oeuvre la plus accessible du répertoire théâtral. Écrite en 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Le Cercle de craie caucasien ne compte pas moins de 72 personnages — interprétés par 12 comédiens —, 15 lieux différents, des intermèdes chantés et une succession de courtes scènes qui demandent une bonne technique de scène.

L'action se passe au Caucase durant la guerre. Après l'assassinat du gouverneur par des révolutionnaires, la femme de celui-ci s'évade du palais et abandonne son nouveau-né, héritier du trône. Une servante du palais, Groucha, recueille l'enfant et s'enfuit avec lui pour un long périple à travers le Caucase. Comme l'autre «mère courage», Groucha fera fi de la peur et des obstacles pour protéger l'enfant. Mais après la guerre, la femme du gouverneur réapparaît et réclame son fils. C'est le juge Azdak, personnage extravagant et corrompu, qui devra déterminer qui est la vraie mère de l'enfant...

La nécessité de la bonté humaine pour lutter contre l'horreur de la guerre et la méchanceté des hommes, voilà en résumé le propos du Cercle de craie caucasien et la raison pour laquelle cette oeuvre est toujours aussi pertinente. Car le théâtre de Brecht est politique et dénonce les inégalités des classes sociales.

Avec peu de moyens, la mise en scène évoque le destin cruel et épique de Groucha tout en respectant les procédés théâtraux de Brecht: espace scénique ouvert, abandon du quatrième mur, lecture des didascalies, apartés en direction du public pour commenter la pièce, jeu distancié et très physique, esprit ludique. Le spectateur est plongé dans une histoire épique et poétique, mais reste toujours conscient du travail des artisans de la scène.

La troupe est portée par 12 jeunes comédiens à l'énergie vive et contagieuse. Parmi les performances remarquables, mentionnons l'Azdak judicieusement pervers du charismatique Jean-François Guilbault; la touchante Groucha d'Émilie Lévesque; et le jeu juste et polyvalent de Marc-André Poliquin, qui ne joue pas moins de cinq personnages. Ces interprètes ont sûrement une belle carrière devant eux.

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Collaborateur du Devoir

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Le Cercle de craie caucasien

Texte: Bertolt Brecht.

Mise en scène: Luce Pelletier. Une production de SORTIE 123, au théâtre Prospero,

jusqu'au 19 septembre.