Théâtre jeunes publics - Un secteur en santé

Alice au pays des merveilles, une production du Théâtre Tout à trac, prendra l’affiche de la Maison Théâtre fin septembre.
Photo: Alice au pays des merveilles, une production du Théâtre Tout à trac, prendra l’affiche de la Maison Théâtre fin septembre.

Qui n'aime pas les débuts de saison? Chaque année, à travers une offre de plus en plus diversifiée, on trouve aussi, dans la déferlante première vague de spectacles, l'occasion de constater l'ampleur du chemin parcouru. L'offre jeunes publics s'enrichit chaque année et les compagnies d'ici continuent de se faire voir sur toute la planète, à l'instar du Carrousel qui célèbre ses 35 ans avec un spectacle en mandarin (Petit Pierre) à Taïwan et deux autres en espagnol (El ruido de los huesos que crujen - Le bruit des os qui craquent et Zapatos de arena - Souliers de sable) au Mexique.

Le théâtre que l'on propose aujourd'hui aux publics plus jeunes sent le neuf, le frais! Le stimulant aussi. La saison qui s'amorce est une sorte de fort heureux mélange où l'on retrouve, pour des publics de plus en plus nombreux, autant de créations que de productions récentes et du répertoire, de jeunes comme de moins jeunes compagnies, d'ici comme d'ailleurs...

Un même réservoir

Une première raison de se réjouir: le lien de plus en plus intéressant, de plus en plus fécond entre les grands diffuseurs-animateurs que sont la Maison Théâtre, Les Gros Becs et L'Arrière-Scène. Désormais, grâce à ces trois joueurs qui occupent les territoires plus densément peuplés, la majorité des petits Québécois a maintenant accès, théoriquement du moins, au même réservoir de spectacles. Avec quelques autres épicentres fort actifs, de l'Outaouais jusqu'au Saguenay-Lac Saint-Jean et en Estrie, avec le réseau de l'Aventure T aussi qui parcourt une bonne portion du territoire, on arrivera bientôt à couvrir tout le Québec. Continuons le combat...

Tout cela commence à la Maison Théâtre, fin septembre, avec Alice au pays des merveilles, une adaptation de Lewis Carroll mise aussi en scène par Hugo Boulanger, qui nous avait donné un étonnant Princesse Turandot il y a quelques années. La production du Théâtre Tout à trac vise les enfants de 6 à 10 ans (de la première à la cinquième année). En octobre, une proposition qui nous vient du Théâtre de l'Avant-Pays, Une forêt dans la tête, un texte de Marie-Christine Lê-Huu qui séduit les petits de quatre à huit ans depuis quelques années déjà. Plus tard, mi-novembre et pour une dizaine de jours, le Théâtre Le Clou propose aux plus vieux (11 ans et plus) son plus récent succès monstre, Isberg de Pascal Brullemans, qui n'arrête pas de tourner ici comme en Europe depuis sa création. Tout cela nous mènera, début décembre, à traverser le temps des Fêtes avec Baobab, une production du Théâtre Motus écrite et mise en scène par Hélène Ducharme pour les enfants de trois à huit ans.

Avant de regarder plus au large, soulignons que l'Illusion Théâtre de marionnettes de la petite rue de Bienville fêtera son 30e anniversaire quatre jours durant autour des Journées de la culture en proposant un stage avec des marionnettistes tchèques et en reprenant ensuite deux de ses plus récentes créations pour les tout-petits: Les Habits neufs en octobre, puis Pain d'épice jusqu'en décembre.

Il faut souligner ensuite la qualité des trois spectacles à l'affiche de L'Arrière-Scène à Beloeil. Fin octobre, c'est là que le TJP de Strasbourg amorce la tournée québécoise de La Petite Odyssée, un texte de Grégoire Callies et Laurent Contamain; la production sera ensuite à la Maison Théâtre au début de novembre avant de terminer le mois aux Gros Becs à Québec. Mais l'on propose aussi la toute récente création de La Vieille 17, Le Grand Voyage de petit rocher de Chantal Lavallée et Robert Bellefeuille, dès la mi-novembre pour les 6 à 10 ans, et le Joël da Silva tout neuf, un «one-man show» évidemment, Le Temps des muffins (pour les 4 à 6 ans dès le début de décembre) dans lequel il s'amuse à cuisiner les mots et à jouer avec son manger...

Pendant ce temps, dans l'autre capitale, au Studio du Théâtre français du CNA, Benoît Vermeulen propose quatre spectacles. La plus récente création du Carrousel, Le bruit des os qui craquent de Suzanne Lebeau, début octobre, puis à la fin du mois, Le Bain de Jasmine Dubé, qui fait déjà partie du répertoire. Suivent les incontournables Zurbains 2009 (dont on vous a déjà dit tout le bien qu'on en pensait) pour les ados et tous les autres puis, en décembre, Alice au pays des merveilles, que l'on a vu passer à la Maison Théâtre.

Propager

la bonne nouvelle

Aux Gros Becs, à Québec, la 23e saison de la maison célèbre d'abord les 35 ans du Théâtre de l'Aubergine en ouvrant boutique dès la mi-octobre avec Burletta, un spectacle de théâtre clownesque destiné aux petits dès cinq ans; les Français Michel Dallaire et Christine Rossignol, de la compagnie Le Hangar des mines, assurent la mise en scène. Mais la petite équipe de Louise Allaire a aussi voulu insister sur le 20e anniversaire de la Convention internationale des droits de l'enfant en proposant des spectacles illustrant le «dossier», pourrait-on dire...

D'abord Maïta, une coproduction du Théâtre de Sable et de La Vieille 17, qui a connu une très forte diffusion internationale, aborde le travail des enfants puis, en première mondiale, Les Mauvaises Herbes, le premier volet de la trilogie Les Jardins d'enfants de Jasmine Dubé, celui des enfants déracinés. Ce texte destiné aux huit ans et plus est mis en scène par Benoît Vermeulen et la production devrait bientôt apparaître sur les écrans de radar métropolitains. Vient ensuite une création du Théâtre des Confettis présentée exceptionnellement au Musée de la civilisation: Les Mécaniques célestes, «un théâtre d'art visuel animé» conçu par Claudia Gagnon qui raconte aux petits dès six ans «la passionnante rencontre entre la Terre et le cosmos». Novembre se terminera ensuite sur les représentations de La Petite Odyssée, arrivant de Montréal et de Beloeil.

En décembre, deux spectacles très ciblés: d'abord, les incontournables Zurbains 2009 (dont on vous a déjà dit...) du Clou, qui séduiront les ados comme tous ceux qui oseront se présenter là; puis le spectacle familial de l'année, Le Rossignol et l'Empeur de Chine du Théâtre de Sable, pour les enfants dès quatre ans, qui roulera jusqu'au 27 décembre.

Ailleurs, les jeunes publics de tous âges ne manqueront pas de stimulations grâce au travail de l'Aventure T, un regroupement de diffuseurs qui propage la bonne nouvelle depuis 20 ans déjà, et ceux du Réseau Scènes et de leur série Fuguer au théâtre qui vise de façon plus spécifique les adolescents du secondaire. Ensemble, les deux réseaux touchent maintenant chaque année plus de 100 000 spectateurs en leur proposant de la danse, des marionnettes, de la musique, de l'opéra et du conte en plus du théâtre.

Là aussi, comme dans les grands centres de diffusion, on offre aux jeunes publics un mélange de nouveautés — comme Roland (la vérité du vainqueur) de la Pire Espèce, qui amorcera une carrière internationale à Méli'môme le printemps prochain, ou Tante T du Petit Théâtre de Sherbrooke —, de reprises et de classiques comme Ah, la vache! du Théâtre de l'oeil, Garde-robe du Moulin à musique, Salvador du Carrousel ou Vieux Thomas et la petite fée de la compagnie Bouge de là.

Tout cela considéré et même s'il n'y a pas vraiment lieu de se péter les bretelles tant que de grands pans du Québec feront encore figure de désert au chapitre de l'accès à la culture, le constat s'impose de lui-même: le théâtre jeunes publics est en santé!