Saison 2009-2010 - La caserne s'éclate

Olivier Kemeid, directeur artistique d’Espace libre et metteur en scène de l’Énéide.
Photo: Pascal Ratthé Olivier Kemeid, directeur artistique d’Espace libre et metteur en scène de l’Énéide.

C'est pour annoncer une saison faite tout autant de découvertes que de redécouvertes que l'Espace libre convoquait la presse hier rue Fullum. Une saison riche de plus d'une douzaine de spectacles le premier s'amorçant ce vendredi, Vie et mort du roi boiteux de Jean-Pierre Ronfard — que reprend le Théâtre des fonds de tiroir, vous le savez — ayant d'ailleurs inauguré en 1981 l'ancienne caserne de pompiers. Parmi ces découvertes à refaire, notons tout de suite celle de l'exceptionnel Énéide adapté et mis en scène par Olivier Kemeid, une production des Trois tristes tigres qui prendra l'affiche pour une dizaine de représentations en mars et qu'il ne faudra absolument pas rater, sous aucun prétexte. Sur un registre à peine moins pressant puisque l'on y met en scène un urgentologue, soulignons aussi la reprise de Sacré Coeur d'Alexis Martin et Alain Vadeboncoeur qui avait connu beaucoup de succès au printemps 2008. Mais allons-y plutôt en suivant le calendrier...

Tout de suite après le Roi boiteux, et pour quatre petites représentations dès le 31 août, c'est l'auteur et comédien Tony Nardi qui arrive avec le deuxième volet d'un triptyque, un spectacle en anglais avec surtitres français, Letter Two-Lettre n° 2, un truc entre le pamphlet et le théâtre qui «dénonce la complaisance dans le milieu du théâtre, de la télévision et du cinéma canadien ». La chose a été, paraît-il, reçue comme un électrochoc au Canada. Et, première surprise, nous voilà déjà fin septembre avec Omnibus qui propose Rêves, chimères et mascarade un projet s'appuyant sur le mime mené par Réal Bossé, Pascal Contamine et Christian Leblanc qui «ne ressemble à rien d'autre et exprime avec sensibilité ce que les mots ne disent pas». Puis, après Sacré Coeur et dès le 1er décembre, Philippe Ducros écrit et met en scène L'Affiche, une épopée qui se déroule dans un territoire occupé du Moyen-Orient et dans laquelle on cherche «à deviner ce qui pousse un adolescent à s'habiller de bombes et à tuer au nom de la vie». Ouf.

De l'autre côté des Fêtes, il y aura d'abord la reprise de Gestes impies de la Pire Espèce que l'on avait vu au dernier FTA et, dès la fin janvier, la compagnie Les Trois arcs sera à la caserne avec un tout nouveau texte de Louis-Dominique Lavigne, L'Amour incurable, mis en scène par Ghyslain Filion; la chose prend la forme d'une sorte de conte de fées pour adultes et «d'hymne à la vie et au pouvoir émancipateur de l'univers». L'air de rien comme ça, nous voilà maintenant à la mi-février et le Théâtre de la Banquette arrière propose pour la première fois un texte collectif, Silence radio, mis en scène par Geoffrey Gaquère; cette «oeuvre chorale questionne le désir d'ascension des humains et les dangers inhérents qu'il comporte». Rien de moins.

Place ensuite à cette réussite exceptionnelle qu'est L'Énéide puis, fin mars, à La Fin, la création annuelle du Nouveau Théâtre expérimental (NTE). Ici, Daniel Brière et Alexis Martin se pencheront sur le concept de la fin. Fin des haricots, catastrophe appréhendée, «sectes millénaristes et derniers repas», tout y passera dans la moulinette des deux pas du tout tristes sires dans une sorte de «Grand Bal de l'emporte-pièce» auquel se joindront Marie Brassard et Michel Charette. Mais ce n'est pas fini puisque, en mai (2010 rappelons-le), Omnibus présentera L'Amour à trois, une suite de trois textes de Larry Tremblay (Tibullus, La Femme aux peupliers et Cornemuse) et que la caserne reçoit de la visite de France alors que la Compagnie du Désordre présente Un atoll dans la tête, un texte se situant «à la frontière entre le monde réel et la folie» que Filip Forgeau écrit et met en scène.

Et ce n'est même pas tout puisqu'à tout cela il faut aussi rajouter cinq séances de Cinplass échelonnées entre le 11 décembre et le 19 mars et où, bien sûr, l'improvisation est à l'honneur. Ouf qu'on vous disait...