La culture, un petit bonheur après l'autre

Un membre du public du festival Petits bonheurs, sucette en bouche. Cette année, trois spectacles québécois pour bébés sont au programme, une première.
Photo: Un membre du public du festival Petits bonheurs, sucette en bouche. Cette année, trois spectacles québécois pour bébés sont au programme, une première.
C'est le week-end dernier qu'on lançait officiellement la cinquième édition de Petits Bonheurs, le «rendez-vous culturel des tout-

petits», en plein quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Petits Bonheurs, faut-il le rappeler, s'adresse aux enfants de moins de six ans, «les 0-6» comme on dit, en leur proposant des spectacles à un prix défiant toute concurrence (6 $ !), oui, mais aussi des ateliers de création autour des métiers de la scène. Et des rencontres également (pour leurs parents) avec des gens pour qui les enfants sont importants comme le pédiatre Gilles Julien, le cinéaste André Melançon — qui monte là une pièce avec des jeunes — et plusieurs autres. Petits Bonheurs, c'est aussi un événement populaire proposant des centaines d'activités sociales diverses.

Mais c'est aussi une «cause» en plus d'être un festival: celle de l'accès à la culture pour les enfants et les familles du quartier Hochelaga-Maisonneuve... et de tous les quartiers dits «populaires» où les propositions culturelles se limitent souvent à peu de choses.

Depuis quelques années déjà, l'événement tisse de nouvelles complicités en étendant son réseau: la Maison Théâtre, par exemple, y participe en organisant des rencontres professionnelles. Et les spectacles de Petits Bonheurs sont maintenant présentés dans cinq quartiers différents de Montréal alors que, dès 2010, les villes de Laval, Sherbrooke et Québec doivent se greffer à «la famille Petits Bonheurs».

Triplé «bébéesque»

Cette année, l'intérêt pour Petits Bonheurs est encore plus palpable — essayez de trouver des billets! Au coeur de la programmation, on trouve trois spectacles québécois pour bébés, une première. Louis-Dominique Lavigne récidive après avoir signé, il y a des siècles semble-t-il, le texte de Glouglou!, le premier spectacle d'ici destiné aux enfants de moins de deux ans... Cette fois-ci, son Théâtre de Quartier s'associe au Théâtre I.N.K d'Annie Ranger et Marilyn Perreault dans Les Lapins mis en scène par Lise Gionet. Jasmine Dubé, avec La Pépinière, qui cible les tout-petits dès 18 mois, et la performeuse Nathalie Derome, avec Le Spectacle de l'arbre (pour les deux à quatre ans), complètent ce triplé «bébéesque» québécois. Cela témoigne concrètement de l'évolution incommensurable de la situation puisque presque personne ici — sauf quelques happy few, bien sûr, fidèles lecteurs du Devoir — n'avait entendu parler du «théâtre pour bébés» au moment de la création du festival en 2005.

Petits Bonheurs a favorisé cette éclosion rapide. En plus d'accueillir des artistes en résidence, de diffuser les classiques du genre et les grands créateurs pour la petite enfance, comme Laurent Dupont, Ramodal, Porte Voix, Éclats et plusieurs autres, le festival a investi dans des stages de formation avec ses partenaires européens. Pourtant, au bout du fil, Pierre Larivière ne déborde pas de l'enthousiasme communicatif qui le caractérise habituellement: malgré l'afflux aux guichets du festival, il a plutôt l'air essoufflé après cinq ans de luttes de tranchées.

Larivière, c'est l'âme de Petits Bonheurs, un homme du quartier lui aussi. Depuis les tout débuts, il a réussi à galvaniser l'énergie de sa minuscule équipe et à tricoter, depuis son poste à la Maison de la culture, cet événement particulier à la fois bien impliqué dans son milieu... et fragile parce que construit presque tout entier à l'huile de bras. On n'en est pas aux «bras meurtris» qui «tendent le flambeau». Pas encore. On en est plutôt à l'incrédulité et à la fatigue si on lit bien entre les mots...

Pierre Larivière et son équipe ont donc ouvert vendredi cette cinquième édition de Petits Bonheurs en sachant qu'elle vient boucler une boucle. La preuve est faite du rôle déjà crucial de l'événement, les gens d'Hochelaga-Maisonneuve, Parc-Extension, Saint-Léonard, Montréal-Nord, Saint-Henri et Pointe-Saint-Charles en témoignent ouvertement. Mais c'est cette année que se terminent, par exemple, toutes les ententes du festival avec ses partenaires européens. C'est cette année aussi que Petits bonheurs devra trouver de nouveaux moyens de financement puisque les conseils des arts n'ont pas jugé bon de les lui assurer.

Peut-être faudra-t-il poser clairement la question: sommes-nous prêts à investir dans l'accès à la culture pour les tout-petits alors que tout le reste semble si fragile?


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- Petits Bonheurs

Jusqu'au 10 mai dans différentes salles du quartier Hochelaga-Maisonneuve.

514 872-2200 info@petitsbonheurs.ca

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