Théâtre - Momentum au pays des champignons

Stéphane Crête, auteur et metteur en scène de Mycologie, en compagnie de la comédienne Dominique Leduc
Photo: Jacques Grenier Stéphane Crête, auteur et metteur en scène de Mycologie, en compagnie de la comédienne Dominique Leduc

Depuis qu'il est apparu sur le radar des spectateurs de théâtre de la métropole après un bref premier passage à la télé, Stéphane Crête a tout fait. Ou presque.

On l'a vu au cinéma puis à la télé encore, beaucoup, passionnément, puis de nouveau sur les planches, drôle à en être absurde, sérieux à ne pas le croire, obsédé par toutes sortes de choses, excessif mais aussi auteur, metteur en scène et comédien tout à la fois, toujours cherchant, remettant en question, comme le font à leur façon tous les membres de Momentum, les formes mêmes de la représentation théâtrale.

Stéphane Crête est un chercheur et c'est un titre dont il est certainement très fier. Voici maintenant, quelques années après les Laboratoires du docteur Crête, qu'il décide de se pencher à nouveau sérieusement sur un sujet particulièrement sérieux: les champignons.

Il nous a reçu lundi dernier, en fin d'après-midi, après une longue journée de travail dans le capharnaüm qui sert de salle de répétition à Momentum, avec la momentumienne Dominique Leduc, qui jouera ici le rôle d'une scientifique un peu sombre, d'après ce que j'ai pu saisir. Détachez vos ceintures; nous voilà engagés dans rien de moins qu'une discussion sur la quête du sacré...

Quête de sens

Parce que les champignons, leur présence immémoriale et la fascination qu'ils exercent sur les hommes depuis l'aube des temps, tout cela n'est évidemment pas un hasard. «Pourtant, les champignons sont presque un prétexte», dira Stéphane Crête, qui se contente ici d'écrire et de mettre en scène ce Mycologie qui amènera, pour la première fois dès mardi, Momentum à l'Espace Go.

«C'est un véhicule plutôt, reprend-il. Une sorte d'outil d'approche pour aborder les mystères de la vie, pour essayer de mieux saisir ce monde intrigant dans lequel nous vivons. Pour essayer de trouver un sens à l'existence... Puis, il y a aussi que, entrer dans le monde des champignons, c'est vraiment mettre le pied dans un univers très spécial...» Le metteur en scène raconte que le texte est le fruit d'une réflexion s'étendant sur plusieurs années; il a tout lu sur les champignons, touché à chacune des ramifications multiples de ce monde complexe qui, dès le départ, n'est pas ce qu'il est puisque le champignon n'est pas vraiment le champignon mais plutôt son excroissance. Son organe reproducteur dans la très large majorité des cas...

Bon. Une image est passée.

C'est Dominique Leduc, je crois, qui reprend. Elle qui a vécu en Amérique latine et qui en a rapporté un spectacle pour Momentum il y a quelques années (L'Ardent Désir des fleurs de cacao), elle souligne à quel point les champignons ont de tout temps joué un grand rôle dans la plupart des grandes civilisations. Partout, on les a toujours associés à la soif d'absolu et à la quête du sacré. «Les rituels disparaissent et cette perte du sacré, elle est bien réelle partout sur toute la planète: les gens n'ont plus de réponses, plus de repères. Et l'on voit toutes sortes de béquilles et de valeurs de remplacement qui surgissent de n'importe quel horizon et qui prennent de plus en plus de place: le déni, la drogue, l'alcool, le désespoir...»

Une fiction improbable

Crête poursuit. «C'est un show "sérieux"... et joyeux tout à la fois, il faut le dire. Je me suis vraiment permis de jouer à l'auteur: j'ai écrit une histoire qui commence et qui finit; avec une intrigue qui se dévoile tout comme des personnages différents qui évoluent chacun à leur façon. J'ai écrit une fiction proche du conte, de la fable, du récit initiatique. C'est assez nouveau pour moi. Je voulais casser l'ordinaire, briser le moule de la vie qui défile, plate, horizontale. J'ai eu le goût d'incarner quelque chose qui vient briser cet axe-là; d'utiliser l'axe vertical du sacré qui va du bas vers le haut puis de haut en bas. De mettre en situation des êtres en quête de sens. Voilà.»

Sérieux, le docteur Crête... D'autant plus qu'il a tout à fait raison. Ouvrez n'importe quel livre sur les champignons, de Castaneda à Wasson en passant par tous les autres, qu'il parle de cuisine ou de mythologie, de botanique, d'envahissements fongiques ou d'hallucinations diverses, et vous verrez fleurir un vocabulaire très spécial sous la plume de tous les auteurs. Pas étonnant que Stéphane Crête ait été fasciné par son sujet au point de remettre un «cahier mycologique» à tous les gens impliqués dans le spectacle...

Chacun des personnages de cette «fiction improbable» entretient évidemment des liens différents avec les champignons. Leduc et Crête n'ont pas voulu tout me dire, mais l'on abordera dans Mycologies la plupart des «environnements champignonesques» auxquels on pense puisque l'équipe (Guillaume Chouinard, Stéphane Demers, Leduc, Gabriel Lessard, Marianne Marceau et Gilles Renaud) incarnera tout autant un médecin spécialiste des infections rattachées aux champignons qu'un chef de cuisine, un magicien, un halluciné et bien d'autres personnages, tous engagés dans une quête quelconque.

Mais c'est aussi, tient à le souligner le metteur en scène, «un spectacle sur le théâtre». «C'est vrai parce que l'on touche à plusieurs formes en passant de l'hyperréalisme à la comédie musicale, par exemple. On va dans toutes les directions, toujours très loin du jeu psychologique... Dans une sorte de délire lucide où rien n'est tout à fait gratuit...»

Dominique Leduc interviendra là-dessus en soulignant qu'il est souvent important de ne pas chercher à tout dire, à tout expliquer. Que le texte de Stéphane Crête n'a rien de didactique, qu'il n'a pas non plus de visées thérapeutiques et que, au fond, Mycologie est plutôt «une histoire à sens multiples sur la quête du sens».

Ça donne le goût d'aller voir ce que ça donne, non?

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Mycologie

Texte et mise en scène: Stéphane Crête. Une production de Momentum présentée à l'Espace Go du 5 au 23 mai.

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