Le barde en tutu

Une scène du Songe d’une nuit d’été
Photo: Une scène du Songe d’une nuit d’été

La saison théâtrale montréalaise s'était ouverte à l'Espace libre avec Shakespeare contre-attaque, un joyeux spectacle de clowns avec lequel les Productions préhistoriques de Québec prouvaient que les pièces du barde peuvent supporter une multitude de lectures. Serge Mandeville, le codirecteur artistique d'Absolu Théâtre, propose quant à lui un Songe d'une nuit d'été où la sobriété de la traduction et de l'environnement scénographique contraste étrangement avec une surenchère d'effets humoristiques qui ne parviennent pas à convaincre totalement.

Mandeville a choisi, par souci de limpidité, de traduire lui-même le texte. Son Songe, tout en conservant une heureuse part de poésie et de fraîcheur, se libère ainsi d'un certaine préciosité qui émanait de la version classique de François-Victor Hugo, maintes fois publiée. L'extravagant ballet qui unit pour une nuit quelques nobles Athéniens, les représentants du monde des fées et une pitoyable troupe de théâtre bénéficie de cette langue plus simple qui n'en est pas moins jolie.

La scénographie épurée de Marianne Forand, constituée de quelques panneaux suspendus pouvant figurer des arbres, laisse toute la place au jeu des comédiens. Le charme de la pièce de Shakespeare tient habituellement dans le délicat équilibre entre la passion des amoureux, la fantaisie des êtres des bois et la bouffonnerie des artisans qui tentent de monter une tragédie pour le mariage de Thésée d'Athènes. C'est avec le second groupe qu'Absolu Théâtre prend le plus de liberté: ses lutins et ses nymphes semblent provenir davantage d'un dessin animé outrancier que d'un livre de contes.

Ainsi, le personnage de Puck, le diablotin malicieux, multiplie les gags cabotins et anachroniques, alors que le jeu physique très précis de David-Alexandre Després laisserait présager d'autres types de prouesses. Les fées, incarnées aussi bien par des comédiens que par des comédiennes, sont vêtues de collants et de tutus très voyants. Les créatures enchantées n'ajoutent pas au merveilleux, elles sont plutôt là pour faire rire, coûte que coûte. Parmi cette galerie, seule Caroline Lavigne en Titania insuffle une certaine grâce à son personnage tout en parvenant à nous dérider.

Olivier Aubin s'en donne à coeur joie dans le rôle de Lefond (ou Bottom), le véritable ressort comique du texte, un tisserand mal dégrossi qui se prend pour un acteur. Le moment où lui et ses comparses jouent leur saynète reste le plus drôle du spectacle. Le quatuor d'amoureux incarné par Caroline Bouchard, Marie-Ève Trudel, Maxime Desjardins et Benoît Drouin-Germain fait preuve pour sa part d'une belle fougue.

Cette première incursion dans le monde du Grand Will par Serge Mandeville, qui s'est par le passé intéressé aux oeuvres de Beckett et de Dostoïevski, bénéficie d'une approche sensible du texte dans sa traduction. D'autre part, si cette matière dramaturgique peut être abordée sur le ton clownesque, ce Songe-ci souffre un peu d'un trop-plein de drôlerie qui finit par en gommer quelques riches aspects.

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Collaborateur du Devoir

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Le Songe d'une nuit d'été

Texte: William Shakespeare. Mise en scène: Serge Mandeville. Une production d'Absolu Théâtre présentée à la Caserne Létourneux jusqu'au 18 avril.

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